Retrouvez cette chronique sur :
Radio Présence Cahors-Figeac
Chronique d’écologie intégrale – 12 Octobre 2026 – Mémoire facultative de Saint Séraphin de Montegranaro, religieux
Décidément, le 12 octobre est une journée riche en célébrations au sanctoral du calendrier liturgique. On y trouve également S. Séraphin de Montegranaro. Né Félix Rapagnano vers 1540 à Montegranaro, dans les Marches italiennes, de parents pauvres et pieux, il fut d’abord placé comme berger chez un fermier, expérience qui nourrit son goût de la solitude et de la prière. Il gravait une croix sur un chêne devant laquelle il méditait de longues heures, expérience qui n’est pas sans rappeler celle de la Bse Kateri Tekakwita, au siècle suivant, de l’autre côté de l’Atlantique. Après la mort de son père, il dut travailler comme manœuvre sous les ordres de son frère aîné, maçon au caractère violent, qui l’accabla de reproches et de coups tant le jeune homme, chétif et maladroit, se montrait inapte au métier. Encouragé vers 1556 par une jeune femme fervente qui lui lisait des livres spirituels, il présenta sa demande aux Capucins de Tolentino, longtemps hésitants devant ce postulant illettré et de fragile santé, puis commença son noviciat à Jesi sous le nom de Séraphin. Maladroit dans les tâches matérielles, il songea à quitter l’ordre, mais il demeura serein, patient et humble malgré le mépris, et se distingua par sa simplicité, sa mortification, son obéissance dans sa tâche de portier et une immense charité envers les pauvres, dont il ne supportait pas de voir la misère. Les récits hagiographiques lui attribuent des extases fréquentes devant le tabernacle, des apparitions de la Vierge, la lecture des cœurs, des dons de prophétie et de guérison. Il récitait sans cesse le rosaire et offrait à baiser son petit crucifix à tous ceux qu’il rencontrait – d’où son iconographie traditionnelle, chapelet et crucifix en main. Sa réputation de sainteté devint telle que ses supérieurs durent le décharger de sa fonction de quêteur : la foule coupait des morceaux de sa cape pour en faire des reliques de contact. Il mourut le 12 octobre 1604 à Ascoli Piceno. Béatifié puis canonisé par Clément XIII en 1767, il est considéré comme l’un des saints qui ont enrichi l’ordre capucin dès ses débuts. Notons enfin que Voltaire, dans un opuscule moqueur, le surnomma « saint Cucufin » en raillant certains signes de sa sainteté – témoin de la postérité contrastée de ce frère convers simple et « analphabète » que S. Jean-Paul II présentait comme un modèle d’humilité. Dans l’esprit de la sainteté franciscaine, ses exploits ressemblent beaucoup à ceux de son maître S. François sur le mode des Fioretti. Un jour qu’il se faisait moquer de lui, on le mit au défi de traverser la ville avec une fleur accrochée à l’oreille. Voici ce qu’il répondit, je cite : « Est-ce que ce n’est pas là une belle créature sortie des mains de Dieu ? L’éclat de ses pétales célèbre la beauté du Seigneur[1]. » Des témoins racontent qu’il fut l’auteur d’une pêche miraculeuse dans un étang. Jean Bastaire rapporte que, je cite « à sa voix, les poissons sautent hors de l’eau, bondissent sur la rive et se glissent dans les manches de son habit[2]. » Il les remet à l’eau en disant : « Voyez comme ces petites créatures sont obéissantes ? Ne serait-ce point dommage de leur ôter la vie ? Allez-vite, créatures de Dieu et rendez grâce à Celui qui vous a fait si beaux[3]. » Outre le fait que l’exhortation qu’il fait aux poissons est vraiment digne d’un S. François, notamment quand il prêcha aux oiseaux, je trouve la structure de la formulation des plus intéressante. Tout d’abord, sa remarque sur l’obéissance des poissons est étonnante. S. Séraphin s’adresse à un compagnon de voyage et lui fait cette remarque comme si cela était la chose la plus naturelle du monde. J’imagine que le frère accompagnant a dû se faire une remarque du genre : « oui, ça marche avec vous, mais certainement pas avec moi… » Pourquoi ? Si le Frère Séraphin avait cette réputation de sainteté dès son vivant, vous ne serez pas surpris si je vous dis qu’il était alors supposé bénéficier des remises de peines liés au péché originel et ainsi retrouver l’harmonie originelle de nos premiers parents dans le jardin d’Eden, la même dont a bénéficié, encore une fois le bon frère François. La suite est intéressante aussi, je répète. « Ne serait-ce point dommage de leur ôter la vie ? » Ce qui me frappe ici est le sens de la fraternité qui se dégage de cet enchaînement de déclarations spontanées. La fraternité avec les créatures, bien entendu. Le saint voit toute la valeur propre et intrinsèque que Dieu a placée en ces poissons : « rendez grâce à Celui qui vous a fait si beaux ». La réalisation de cette valeur, qui n’est pas monétaire, le pousse alors à un respect tendre et sacré qui le libère d’un rapport purement instrumental. Ces poissons ont une valeur d’existence, à l’encontre de laquelle il ne faut pas contrevenir. La sainteté nous est offerte à tous, entrons dans le regard de Dieu sur la création.
[1] . Cité par le R. P. Constant ofmcap, La légende dorée des Capucins, Marseille, Imprimerie de l’Oratoire Saint-Léon, 1932, p. 47-49.
[2] . Hélène et Jean Bastaire, Le chant des créatures, Paris, Cerf, 996, p. 67.
[3] Cité par le R. P. Constant ofmcap, La légende dorée des Capucins, op. cit., p. 52-53.
Un Commentaire