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Chronique d’écologie intégrale – 15 Octobre 2026 – Mémoire obligatoire de Sainte Thérèse d’Avila, vierge, docteur de l’Eglise
Au 15 octobre, nous célébrons la mémoire de S. Thérèse de Jésus, autrement connue sous le nom de S. Thérèse d’Avila. Elle est née à Avila, en 1515 et morte en 1582 à Alba de Tormes. Après des commencements d’une vie dissolue, elle entra au couvent carmélite de sa ville natale à 21 ans, contre l’avis de son père. Elle est issue d’une famille juive convertie, et appartenant à la noblesse espagnole. A la fois femme de contemplation, et femme d’action. Elle fut gratifiée d’expériences mystiques avec extases, dont certaines révélations privées du Christ. Comme souvent avec les mystiques, sa santé était bien fragile, elle tomba malade en 1538. Et ce fut l’occasion de voir l’opposition et la collaboration de la grâce avec la nature dans sa propre existence. Elle est aussi la preuve que mystique et doctrine peuvent faire bon ménage car ses écrits lui ont valu le titre de docteure de l’Eglise par S. Paul VI en 1970. Ses livres sont des best-sellers de la littérature spirituelle : Livre de ma vie (1662-1563), Pensées sur l’amour de Dieu, Les chemins de la perfection (1562-1568) et surtout, le Château de l’âme (1577). Cette femme extraordinaire a attiré à elle un autre grand héro de la vie mystique, S. Jean de la Croix à partir de 1567. Et c’est avec lui qu’elle allait mener son action principale que fut la réforme du Carmel afin qu’il soit plus fidèle à ses origines en le ramenant à un plus grand esprit de pauvreté, et aussi, à la clôture du monastère. Adoptant le mode de vie de la femme errante, elle fonda dix-huit couvents de femmes en Espagne et ce, en une congrégation nouvelle de Carmes Déchaux approuvés par le pape Grégoire XIII en 1580. Cette réforme s’est ensuite étendue à l’ensemble de l’ordre. A cause du changement de calendrier en 1582, elle mourut en souriant dans la nuit du 4 au… 15 octobre. Elle fut béatifiée en 1614 et canonisée en 1622 en même temps que les saints Ignace de Loyola et François Xavier. Avec la figure de S. Thérèse de Jésus, une fois encore nous avons la preuve que l’expérience mystique n’est pas découplée de la question de la création. On voit par exemple comment elle a le sens de la présence de Dieu dans les créatures. Cela fait d’elle un précurseur de l’écothéologie du panenthéisme : Dieu en toute chose. Je cite : « Un jour, je vis comment le Seigneur se trouve dans toutes les créatures. Il me vint la comparaison d’une éponge, qui est complètement imprégnée d’eau[1]. » Il y a une présence intime de l’eau dans l’éponge, mais l’eau n’est pas l’éponge et réciproquement. C’est une manière de dire que la présence de Dieu dans la création se distingue bien de cette dernière, ce qui distingue son approche du panthéisme. Ailleurs, elle anticipe sur le don de science, qui est : voir la création telle que Dieu la voit, quand elle affirme, je cite : « qu’il doit y avoir dans tous les êtres créés par Dieu si grand et si sage, de profonds secrets dont nous pourrons tirer profit. Chaque créature de Dieu si minime qu’elle soit, ne serait-ce qu’une petite fourmi, en renferme plus que nous ne saurions le comprendre[2]. » Ce point anticipe ce fondement de la bonne nouvelle de la création proposé par le pape François qui enseigne qu’il faut entrer dans le regard de Dieu en préalable à toute conversion écologique. Un peu plus loin elle utilise des métaphores animales pour penser l’expérience spirituelle. Je cite : « le recueillement surnaturel ressemble à l’acte par lequel le hérisson et la tortue entrent en eux-mêmes[3]. » Eponge et fourmi, hérissons et tortues ; il est frappant de voir que notre sainte ait recours à des animaux aussi bas dans l’échelle des êtres, telle que comprise à l’époque, pour exprimer les mystères divins. A sa manière, elle nous parle également de la valeur propre qu’ils peuvent avoir dans le regard de Dieu. Elle utilise également des processus biologiques, bien que mal connu d’elle pour parler de l’expérience mystique de l’union à Dieu : la métamorphose du vers à soie, grossier et difforme en un papillon magnifique en passant par la chrysalide. D’une manière plus générale, S. Thérèse s’étonne devant le mystère de la providence divine, dans la perspective de l’économie naturelle, devant la mutualité des rapports entre les animaux et en particulier, tous les bienfaits qu’ils procurent à l’homme de manière naturelle, non-raisonnée. Je cite : « Comment pourrions-nous imaginer qu’un être privé de raison, comme le pauvre petit ver de terre, et j’en dirais autant de l’abeille, fût si diligent à travailler pour notre profit ; qu’il fût si industrieux et perdît la vie à ce travail[4]. » Alors, est-il exagéré de dire que l’union mystique à Dieu est le lieu par excellence où faire l’expérience du « tout est lié » ? En étant uni à Dieu, le mystique se trouve naturellement uni avec tout ce qui est uni Dieu, la création tout entière.
[1] . Thérèse d’Avila, Relations spirituelles, dans Œuvres complètes, trad. Grégoire de Saint Joseph, Paris, Seuil, 1949, p. 561-562.
[2] . Thérèse d’Avila, Le château de l’âme, dans Œuvres complètes, op. cit., p. 874.
[3] . Ibid., p. 882.
[4] . Ibid., p. 902.
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