Retrouvez cette chronique sur :
Radio Espérance
Chronique d’écologie intégrale du 29 juillet 2026, Mémoire obligatoire de Saints Lazare, Marthe & Marie
Le 29 juillet l’Eglise fête la mémoire des saints bibliques du premier siècle : Marthe, Marie et Lazare, les amis de Jésus dans les évangiles de S. Luc et de S. Jean. Tous trois reçurent en tout cas Jésus en leur maison de Bethanie à proximité de Jérusalem. Comme Marthe est l’aînée, c’est elle la maîtresse de maison qui organise le repas. Notez bien que Jésus ne lui reproche pas son service, il attire son attention sur l’essentiel : la présence à sa présence. A plusieurs reprises elle interpelle Jésus sur la mort de son frère, et discute de la nature de la résurrection. Le culte des sainte Marthe et Marie s’est développé ensemble, mais une plus grande dévotion semble associée à Marie. En France, c’est à Tarascon que Marthe est la plus populaire pour avoir libéré la ville de la terrible tarasque, au risque d’une confusion avec une autre Marthe martyr au ive siècle… S. Marthe est la sainte patronne des hôteliers et ce sont les franciscains qui ont développé son culte au xiiiesiècle. Sainte Marie, sœur de Marthe, celle qui a reçu « la meilleure part », est quant à elle associée à la figure de S. Marie-Madeleine fêté le 22 juillet, je n’y reviendrai pas. S. Lazare semble être un habitant issu de la classe aisée du village de Béthanie. On peut le dire, il occupe une place spéciale dans le cœur de Jésus pour avoir bénéficié d’une telle revivification ! une résurrection d’entre les morts qui n’est pas comparable à celle que Jésus a vécue, mais qui l’annonce quand même tout en affirmant la divinité de Jésus maître de la Vie. C’est aussi considéré comme le plus grand miracle de Jésus. La mort de Lazare a fait pleurer Jésus, cela a étonné beaucoup de monde au point que cela soit digne d’être mentionné. C’est cette fois-ci un fort témoignage de sa profonde et réelle humanité. La légende rapporte que S. Lazare fut le premier évêque de Chypre, où il finit sa vie pour la deuxième fois comme martyr. Il aurait aussi eu un ermitage à la sainte Beaume en Provence avec ses sœurs, pour être également évêque de Marseille… Il fut aussi confondu au Moyen-Âge avec Lazare, le pauvre de la parabole du mauvais riche. Alors, ne comptez pas sur moi pour trancher. A l’exemple de Marthe, nous pouvons pratiquer l’hospitalité pour nos frères et sœurs car à travers eux nous accueillons, comme elle, le Christ qui nous visite. Allant encore plus loin, le théologien jésuite Christoph Theobald avance que l’hospitalité appartient à la génétique même de l’être chrétien[1], c’est ce qui nous qualifie et nous distingue, justement car nous reconnaissons dans le visiteur une présence du Christ. On peut se référer à la grande tradition de l’hospitalité dans les demeures chrétiennes ou des monastères au long de l’histoire qui accueillaient inconditionnellement tout pèlerin ou tout réfugié en besoin d’hébergement ou de secours. En reprenant l’esprit de Fratelli tutti on peut dire que l’hospitalité contribue à construire la fraternité sociale que l’écologie intégrale vise pour la société humaine. Mais une de ses disciples, ma collègue et amie Dominique Coatanéa propose d’aller encore plus loin pour appliquer ce style et cet éthos chrétien à l’autre qu’est la création, notamment en jouant sur l’ambivalence de sens du mot « hôte[2] ». Le prendre soin de la création, passe par un accueil inconditionnel des créatures en la reconnaissance de leur valeur propre et intrinsèque. Cela n’est rendu possible que si nous nous reconnaissons comme des hôtes, hébergés et accueilli par la maison commune de la création. La question de S. Lazare est complexe, elle mobilise de nombreux aspects du message de Jésus, en particulier que cette résurrection qui est une revivification, est donnée comme un signe de la victoire de Jésus sur la mort par anticipation, comme une annonce. Comme tous les miracles de Jésus, il est extraordinaire et il pourtant interpelle notre conscience et notre sens de la justice. Pourquoi lui et pas les autres ? comme pour les malades que Jésus a guéris. Et dans ce cas précis, pourquoi pas une résurrection complète avec un corps glorieux, comme Jésus quelques jours plus tard ? Il me semble que cet événement est à mettre en correspondance avec un autre miracle, celui de la tempête apaisée. De même que la tempête est apaisée par celui qui est le Verbe créateur incarné, la revivification de S. Lazare est une nouvelle preuve que Jésus Christ dispose de la puissance créatrice de son Père. Il a pouvoir sur les phénomènes vitaux de nature biologique. Mais comme nous sommes proches du moment crucial de la vie de Jésus et qu’il s’agit bien de l’annonce de Sa victoire totale sur la mort, on peut comprendre alors que la Résurrection de Jésus corresponde à un acte de création, mais de création qui sera d’un autre ordre, une création complétement nouvelle, car entrée dans l’éternité.
[1] . Christoph Theobald, Le christianisme comme style, Une manière de faire de la théologie en postmodernité, 2 vol., Paris, Cerf, Coll., 2007 « Cogitatio Fidei » 260.
[2] . Dominique Coatanéa, « Hospitalité homme-nature ou les chemins, d’une nouvelle dynamique du bien commun ? », in Fabien Revol (dir.), Exprimer la fraternité cosmique et spirituelle. Vivre la communauté avec toutes les créatures dans la perspective de l’Écologie Intégrale, Paris, Cerf-Patrimoine, 2021, p. 91-105.
Un Commentaire