*Chronique d’écologie intégrale – 25 Janvier 2026 – Mémoire facultative du Bx Henri Suso, prêtre

*Chronique d’écologie intégrale – 25 Janvier 2026 – Mémoire facultative du Bx Henri Suso, prêtre

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Chronique d’écologie intégrale du 25 janvier 2026, Mémoire facultative du Bx Henri Suso, prêtre

Le 25 janvier, l’Eglise fait mémoire du Bx Henri Suso, né vers 1295 à Überlingen (Allemagne) et mort le 25 janvier 1366 à Ulm. C’est une figure majeure de la mystique rhénane et de l’Ordre dominicain. Entré chez les Prêcheurs à Constance dès l’âge de 13 ans, il étudie la théologie et la philosophie sous la direction de Maître Eckhart, dont il sera l’un des disciples les plus fidèles. Ordonné prêtre, il enseigne la théologie tout en menant une vie de prédication itinérante, marquée par une quête ardente de l’union à Dieu et une spiritualité centrée sur la Croix du Christ. Henri Suso est surtout connu pour ses écrits, où il allie profondeur spéculative et pédagogie accessible. Son œuvre majeure, Le Petit Livre de la Vérité, explore les voies de la perfection chrétienne à travers un dialogue entre la Raison et l’Amour divin. Dans Le Petit Livre de la Sagesse éternelle, il développe une spiritualité incarnée, où l’âme est invitée à s’unir au Christ souffrant, anticipant ainsi les thèmes de la devotio moderna. Son autobiographie spirituelle, révèle une vie intérieure intense, ponctuée d’épreuves et de visions, et offre un modèle de transformation par l’amour. Proche des Béguines et des laïcs, Suso prône une mystique pratique, accessible à tous, insistant sur l’humilité, la patience et l’abandon à la volonté divine. Il utilise des images concrètes (comme celle du « fond sans fond » de l’âme) pour exprimer l’ineffable, tout en restant ancré dans la tradition dominicaine de la prédication et de la contemplation. Son influence s’étend bien au-delà de l’Allemagne, notamment grâce à ses sermons, qui contribuent à démocratiser la théologie mystique. Accusé d’hérésie pour sa proximité avec Eckhart, il est finalement réhabilité et ses écrits deviennent des classiques de la spiritualité médiévale. Béatifié en 1831 par Grégoire XVI, Henri Suso incarne une synthèse entre spéculation théologique et piété populaire, entre contemplation et action. Il développa en outre une attention particulière envers les animaux. Il était sensible à leur condition et leur souffrance, et à l’image de S. Isaac le Syrien, ou S. Gertrude d’Hefta, il priait pour eux. Dans son autobiographie on peut ainsi lire, je cite : « Toutes les souffrances, toutes les tristesses des animaux, des oiselets, de toutes les petites créatures de Dieu dont j’étais témoin, affligeait mon cœur, et lorsque je ne pouvais y porter remède, je soupirais et priais le doux Seigneur tout-puissant de venir à leur secours[1]. » Cela veut déjà dire qu’au Moyen âge, on avait conscience de ce que les animaux pouvaient souffrir, capacité qui a été occulté avec l’animal machine de la modernité, jusqu’à une époque récente. Preuve est encore une fois faite que le Moyen Âge était de bien des manières en avance sur son temps. Cela nous fait donc une sorte de saint patron de tous ceux qui prennent fait et cause pour la lutte contre la souffrance animale aujourd’hui. Même si depuis quelques années, la souffrance animale est entrée dans le droit français pour protéger les animaux de pratiques indignes, il faut avoir en tête une chose importante. Toute souffrance animale est rapportée à celle de l’être humain dans la mesure ou nous ne pouvons pas nous représenter ce que signifie de souffrir pour un animal. Par conséquent, plus un animal a un système nerveux central similaire à celui de l’être humain, plus on estimera que sa capacité à souffrir s’apparente à celle de l’humain. Plus il s’en éloigne, moins on sait de quoi on parle. C’est pourquoi dans le droit français seuls les animaux vertébrés sont protégés des pratiques provoquant une souffrance inutile, dans la recherche scientifique par exemple. Et s’il y a des critères établis par la science pour identifier des signes de souffrances chez l’animal, ils sont tous pris parmi les critères de souffrance chez les personnes humaines n’ayant pas la capacité de parler : enfants, personnes avec un handicap, dans le coma, inconscientes, séniles, en fin de vie. La souffrance animale est donc comprise en des termes anthropomorphiques, tant pis pour les bestioles qui ont un système nerveux trop différent du nôtre. Depuis 2014 on peut saluer le choix du législateur français d’avoir instauré un statut spécifique de l’animal entre la personne et la chose consommable : l’être sensible. C’est plus une reconnaissance symbolique qu’un vrai statut de protection, mais c’est une avancée intéressante. Pour terminer voici un extrait de la prière pour les animaux d’Albert Schweitzer : « Entends notre humble prière, ô Dieu pour nos amis les animaux, surtout pour les animaux qui souffrent ; pour ceux qui sont chassés ou perdus ou abandonnés, ou effrayés ou affamés ; pour tous ceux qui seront mis à mort. Nous implorons pour eux toute Ta miséricorde et Ta pitié. »

[1] . Henri Suso, Vie, Ch. xxix, in Le Bienheureux Henri Suso, Œuvres choisies, Paris, Aubier, Coll. « Les maîtres de la spiritualité chrétienne », 1943, p. 80.

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