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Chronique d’écologie intégrale du 02 mai 2026, Mémoire obligatoire de Saint Athanase, évêque et docteur de l’Eglise
Le 2 mai, nous faisons mémoire de S. Athanase d’Alexandrie, père et docteur de l’Eglise, né entre 290 et 300 et mort en 373. Evêque d’Alexandrie, il fut un des principaux opposants à l’arianisme. On sait qu’il fut présent comme diacre au concile de Nicée en 325. Il remplace l’évêque Alexandre en 328, élu par acclamation avant l’âge canonique et tache de pacifier son diocèse quant à la foi arienne. Auteur de nombreux ouvrages, on peut retenir de lui le discours sur l’incarnation du Verbe qui est un ouvrage faisant belle place à la théologie de la création, face au paganisme. Sa Vie de S. Antoine le grand fut déterminante sur le développement du monachisme se répandant alors à l’époque en Afrique du Nord et au Proche Orient. Son œuvre a également profondément marqué les réflexions et orientations du conciles de Constantinople et la version finale du credo. Il faut se rappeler qu’Arius était lui-même membre du clergé d’Alexandrie. Après Nicée, l’empereur Constantin demanda à Athanase de le réintégrer moyennant la signature d’une profession de foi somme-toute ambigu. Face à son refus, le concile pro arien de Tyr condamne S. Athanase à l’exil à Trèves, en Allemagne, ce qui fait une trotte. Il revient à la mort de Constantin, et la suite de ses ennuis avec les ariens continue. Sachez simplement que cela lui valut de partir en tout cinq fois en exil soit une période totale de dix-sept années, quand le pouvoir succombait à l’hérésie, avec des périodes de pause malgré-tout. Ses tribulations cessèrent en 366 avec la mort de l’empereur Jovien. Pendant les périodes de paix il put développer la foi catholique jusqu’en Ethiopie et en Arabie. Après sa mort son corps fut transféré à l’Eglise Sainte Sophie de Constantinople, puis à Venise en 1454, suite à la chute de l’Empire romain d’Orient face aux Turcs. Il fut le premier des docteurs de l’Eglise en date… jusqu’à ce que S. Irénée vint le détrôner en 2022. L’essentiel de l’œuvre de S. Athanase est avant tout christologique avec pour but de rendre raison de la divinité du Fils, mais de manière incidente et brillante cela procura de magnifiques pages de théologie de la création. En effet, S. Athanase a particulièrement approfondi la théologie johannique du Verbe Créateur. Jean Bastaire l’a bien noté en soulignant que chez notre saint, dans et par la création dans le Verbe, Dieu veut que de l’autre soit, car c’est le propre de l’amour que de vouloir cela, je cite : « Dans ses deux traités Contre les Païens et Sur l’incarnation du Verbe, Athanase, évêque d’Alexandrie, soutient le principe excellent que Dieu étant souverainement bon, « il ne refuse à personne l’être, mais veut que tous soient pour pouvoir leur montrer à tous son amour ». Il s’en suit qu’ « après avoir tout créé par son Verbe éternel, il n’abandonne pas la Création à l’élan et aux fluctuations de la nature qui risqueraient de la faire retourner au néant[1]. » Il la gouverne et la maintient par la providence de son Verbe[2]. » L’amour créateur est la source de la persévérance dans l’être de tout ce qui existe. Mais le fait que la création soit le fruit d’une Parole amène deux conséquences théologiques fort importantes pour penser la bonne nouvelle de la création : le panenthéisme – ou la présence de Dieu dans la création – et le fait que la création manifeste son auteur. Le Fils, en tant que Parole créatrice est déjà présent dans sa création avant son incarnation, je cite : « Le Verbe de Dieu, incorporel, incorruptible et immatériel, est arrivé dans notre région, bien qu’il n’en ait pas été loin auparavant. En effet, il n’avait laissé aucune partie de la création privée de sa présence, car il remplissait tout, lui qui demeure auprès de son Père[3]. » Cet enseignement va jouer un rôle capital dans la théologie moderne en dialogue avec la théorie de l’évolution de Charles Darwin. Des théologiens anglicans de la fin du xixe siècle ont fait référence aux écrits de S. Athanase sur le Verbe pour interpréter les mécanismes évolutifs comme étant le fruit de l’action interne à la création par le Verbe en vue de la création de nouvelles espèces dans l’histoire de la vie. Non seulement La Parole créatrice ordonne-t-elle la création, mais elle l’habite également tout en la dynamisant de l’intérieur. Puis, l’on peut dire que la création est témoin du Créateur car en tant qu’elle est expression de sa Parole créatrice, la Sagesse de cette parole se rend visible et perceptible, je cite :« C’est ainsi que l’empreinte de la Sagesse est apparue dans ses œuvres, afin que le monde y reconnaisse le Verbe, son Créateur et, par celui-ci, le Père[4]. » Nous avons ici un des grands principes repris par François dans Laudato si’ désignant la création comme un grand livre délivrant un message d’amour aux lecteurs humains que nous sommes. Je cite une dernière fois S. Athanase : « la sagesse qui est dans le monde, […] est créée dans les œuvres de Dieu, et c’est par elle que les cieux racontent la gloire de Dieu, et que l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce[5]. »
[1] . Athanase d’Alexandrie, Contre les païens, 41, SC 18, Paris, Cerf, 1947, p. 193.
[2] . Hélène et Jean Bastaire, Le chant des créatures, Les chrétiens et l’univers d’Irénée à Claudel, Paris, Cerf, 1996, p. 23.
[3] . Athanase d’Alexandrie, Sur l’incarnation du Verbe.
[4] . Athanase d’Alexandrie, Contre les païens, 41, SC 18, Paris, Cerf, 1947.
[5] . Ibid., citant le Ps 18, 1.
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