*Chronique d’écologie intégrale – 01 Mai 2026 – Mémoire facultative de Saint Joseph, travailleur

*Chronique d’écologie intégrale – 01 Mai 2026 – Mémoire facultative de Saint Joseph, travailleur

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Chronique d’écologie intégrale du 01 mai 2026, Mémoire facultative de Saint Joseph, travailleur

A peine un mois et demi après la solennité de S. Joseph, nous le fêtons de nouveau le premier mai avec la mémoire facultative de S. Joseph, travailleur. C’est en 1955 que le pape Pie XII voulut donner à cette journée de revendication sociale ouvrière un patronage chrétien. On aime à se rappeler que S. Joseph fut un artisan du bois que la tradition a simplifié dans la figure du charpentier, mais on pense qu’il était bien plus polyvalent que cela. C’est une mémoire qui nous aide à entrer dans l’intimité de la vie de la sainte famille par la médiation du travail et de la transmission. En effet, c’est par cette activité que S. Joseph subvenait au besoin de sa famille, mais c’est aussi ce métier que Joseph a transmis à Jésus dans une relation d’éducation que l’on s’imagine intégrale. C’est l’occasion de s’arrêter un moment pour méditer sur la place du travail dans l’écologie intégrale. L’encyclique Laudato si’ a tout une section dédiée à ce thème dans son chapitre 3, en voici quelques aspects : Tout d’abord, le travail est en relation avec la vocation humaine à prendre soin du jardin de la création, je cite François : « Rappelons que, selon le récit biblique de la création, Dieu a placé l’être humain dans le jardin à peine créé (cf. Gn 2, 15) non seulement pour préserver ce qui existe (protéger) mais aussi pour le travailler de manière à ce qu’il porte du fruit (labourer). Ainsi, les ouvriers et les artisans « assurent une création éternelle » (Si 38, 34). » (LS 124) Le soin de la création par le travail permet à cette dernière de parvenir à sa fin par le fruit qu’elle porte. Ce soin est même une collaboration créatrice selon les propos de François. La créature humaine est ainsi créée co-créatrice partenaire d’un processus de création continuée dont Jésus est lui-même un acteur, en étroite collaboration avec son Père, comme le fait remarquer S. Jean au chapitre 5 de son évangile : « Jésus leur déclara : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi, je suis à l’œuvre. » » (Jn 5, 17) Le travail de S. Joseph est un travail essentiellement manuel. Par le travail du bois il s’est confronté à la matière du monde et a dû se conformer à ses contraintes pour exercer son art. Il a aussi dû s’insérer dans une temporalité qui n’est pas celle que la machine a instauré dans notre monde industrialisé. Il a ainsi découvert de l’intérieur ce que signifie « le temps est supérieur à l’espace », un des principes de l’écologie intégrale. Ce type de rapport au travail permet une dimension spirituelle que le monachisme a bien perçu, ce que François relève également dans Laudato si’, je cite : « On a appris à chercher la maturation et la sanctification dans la compénétration du recueillement et du travail. Cette manière de vivre le travail nous rend plus attentifs et plus respectueux de l’environnement, elle imprègne de saine sobriété notre relation au monde. » (LS 126) C’est pourquoi le pape nous a mis en garde contre une déformation perverse du sens du travail dans le contexte du paradigme technocratique, je le cite encore : « On ne doit pas chercher à ce que le progrès technologique remplace de plus en plus le travail humain, car ainsi l’humanité se dégraderait elle-même. Le travail est une nécessité, il fait partie du sens de la vie sur cette terre, chemin de maturation, de développement humain et de réalisation personnelle. Dans ce sens, aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences. Le grand objectif devrait toujours être de leur permettre d’avoir une vie digne par le travail. » (LS 128) Justement, le rapport au travail est une question de dignité selon un double rapport. Tout d’abord l’accès au travail garantit le respect de la personne humaine, mais il y a aussi la question de la dignité du travail lui-même. Je cite encore François, mais dans un discours de 2013 : « J’ai dit travail « digne », et je le souligne, parce que, hélas, notamment quand il y a une crise et que le besoin est fort, le travail inhumain augmente, […]. Le travail doit être allié à la sauvegarde de la création, afin qu’elle soit préservée avec responsabilité pour les générations à venir[1]. » Cela signifie que contrairement à ce que dit l’adage, le « sot travail » existe bel et bien : c’est celui qui défigure ou contribue à défigurer la création. Dans tous les cas, S. Paul nous exhorte : « Quel que soit votre travail, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour plaire à des hommes. » (Col 3, 23) Mais dans le contexte écologique et social qui est le nôtre, la question du rapport au travail se repose en de nouveaux termes. Si le critère d’évaluation du bonheur humain n’est plus le pouvoir d’achat garantie par une croissance économique indéfinie et délétère pour la planète, est-il toujours nécessaire de travailler autant et de viser le mythique plein emploi ? Peut-être que dans une société régie par l’écologie intégrale, le travail ne serait plus une idole et serait repositionné en fonction des vrais besoins de la subsistance des familles selon les principes de la sobriété ?

[1] Pape François, Discours de la visite pastorale à Cagliari pour la rencontre avec le monde du travail, le 22 septembre, 2013.

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