Chroniques d’écologie intégrale – 2 Mars 2024 – Mémoire f. de S. Colette de Corbie,

Chroniques d’écologie intégrale – 2 Mars 2024 – Mémoire f. de S. Colette de Corbie,

Chronique d’écologie intégrale du samedi 2 Mars 2024, Mémoire f. de S. Colette de Corbie,

C’est le 6 mars que l’Eglise catholique fête saint Colette de Corbie. Née Nicolette Boellet le 13/01/1381 à Corbie dans la Somme en Picardie, la légende raconte que ses parents prièrent saint Nicolas pour avoir des enfants et ce n’est qu’à l’âge de soixante ans que sa maman la mit au monde. Ce n’est pas aussi bien que Sarah et Abraham, mais c’est un bel exemple de patience et d’espérance. Colette entra en religion à 18 ans après la mort de ses parents, non sans avoir refusé une proposition en mariage que le père abbé du monastère bénédictin de Corbie, son tuteur, lui présenta. Insatisfaite par les ordres et les règles qu’elle rencontre et expérimente elle décide de vivre la vie très austère de recluse, c’est-à-dire de prisonnière volontaire dans une petit réduit sans pouvoir en sortir, et ce selon la règle du tiers ordre franciscain. On m’a dit que ce n’était pas très drôle comme type de vie religieuse, à tel point que je crois que cela n’existe plus de nos jours… Entre temps elle essaya pendant un an le béguinage d’Amiens, puis les bénédictines de Corbie dans l’Oise, puis les clarisses de Moncel, toujours dans l’Oise. Manifestement, cela ne la satisfaisait pas en termes de rigueur monastique. Elle resta emmurée pendant trois ans dans un reclusoir construit contre l’église saint Etienne de Corbie. Il a fallu l’intervention de S. François et de S. Claire qui en une série d’apparitions lui confièrent la mission de réformer leur ordre qui, déjà, donnait des signes de faiblesse et de dégradation morale et spirituelle. Il faut dire aussi que l’on était en pleine période du Grand schisme d’Occident entre 1378-1417 et qu’il n’y avait rien moins que trois papes en simultané. On peut donc dire que l’époque était troublée et l’Eglise perturbée, sans compter les effets de la guerre de cent ans. Mais de la même manière que sainte Hildegarde de Bingen, elle résista à ses visions et en tomba malade, au point qu’elle en devint aveugle et muette. Ce n’est que par l’acceptation de sa mission qu’elle put guérir. Elle sortit donc de sa réclusion pour aller rencontrer le pape Benoît XIII et lui demander l’autorisation de faire ce pour quoi elle a été appelée. Autorisations et bénédictions en poche, elle réussit donc à réformer les clarisses et un certain nombre de couvents franciscains, en fondant et réformant dix-sept couvents féminins et huit couvents masculins en Espagne, en Flandres et en Savoie, ce qui est plutôt pas mal ! Elle œuvra également pour la fin du schisme en communiquant avec les papes et antipapes de son époque. Elle mourut à Gand en actuelle Belgique le 6 mars 1447. Elle fut béatifiée en 1625 et canonisée en 1807. On peut clairement dire que ce n’est pas la sobriété qui est visée par sa réforme mais bien l’austérité dans la radicalité d’un dépouillement et de mortifications extrêmes. Cela dit ce retour aux sources passe par une fidélité plus grande au fondateur. Voici ce que rapportent Hélène & Jean Bastaire à son sujet : « à l’exemple du Povorello, elle témoigne d’une étonnante familiarité avec les animaux. Des oiseaux viennent sur sa fenêtre et se posent ‘tout en chantant sur sa main’. Une alouette mange dans son écuelle, quand elle est à table. Une hermine l’accompagne et se ‘musse’ (se cache), lorsque d’autres personnes approchent[1] ». On retrouve ici l’effet décrit par Isaac le Syrien : quand la sainteté est profondément vécue, les animaux le perçoivent. Ils ont donc confiance dans la personne et une réconciliation entre humain et créatures est ainsi vécue, notamment par les animaux qui sentent ainsi le parfum d’Adam celui d’avant le péché. Mais ce n’est pas pour rien que je fais référence à Hélène et Jean Bastaire à cette occasion, car on retrouve chez eux à partir des années 1980 le souci de ce que la famille franciscaine soit plus fidèle à l’exemple de leur fondateur en particulier en cette période de crise écologique. Ils n’appartinrent pas à la fraternité laïque franciscaine pour autant, mais ont plaidé en faveur de l’émergence d’un « nouveau franciscanisme » devant les manques de réaction des Frères mineurs. En effet, ne devraient-ils pas être les premiers à comprendre le sens de la clameur de la terre et de la clameur des pauvres et à mettre en œuvre dans l’Eglise et dans le monde la fraternité entre toutes les créatures, la fraternité cosmique ? C’est à cause de cet appel à la réforme du franciscanisme qu’Hélène et Jean ont espéré voir se lever la génération des Petits frères et petites sœurs de la création[2]. Leur espoir a été vain de leur vivant. Mais depuis quelques années, les petits frères et petites sœurs de la création commencent à s’organiser en différents lieux de la France. Si saint François d’Assise est présenté par le pape François comme modèle de l’écologie intégrale, ce n’est pas que la famille franciscaine qui doit se réformer, c’est l’ensemble de la chrétienté. Son exemple et son charisme déborde même des frontières de l’Eglise et des églises, puisque saint François est une des figures tutélaires du courant de la décroissance et de la sobriété heureuse qui vient nous interpeler sur notre héritage spirituel. Demandons à sainte Colette la grâce de la conversion pour réformer nos vies.

[1] Hélène et Jean Bastaire, Le chant des créatures, Paris, Cerf, 1996, p. 62.

[2] https://petitsfreresetsoeursdelacreation.fr/.

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