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Chronique d’écologie intégrale du 31 mai 2026, Mémoire facultative de Saint Félix de Nicosie
C’est le 31 mai que nous fêtons S. Félix de Nicosie. Né en 1715 Felice da Nicosia en Sicile, ce religieux est une figure majeure de la spiritualité capucine et un modèle d’humilité et de charité. Issu d’une famille modeste de Nicosie (Enna), il entre très jeune chez les Frères mineurs capucins, où il exerce principalement les tâches les plus humbles comme cuisinier, quêteur et portier. Malgré son manque d’instruction formelle, il développe une vie mystique intense, marquée par des extases, des prophéties et une profonde dévotion à la Passion du Christ. Félix est surtout connu pour son amour des pauvres et des malades, qu’il sert avec une tendresse paternelle. Il est souvent représenté avec un enfant dans les bras, symbole de sa sollicitude pour les plus vulnérables. Selon la tradition, il aurait accompli de nombreux miracles. Il opèra notamment des guérisons, en invoquant simplement le nom de Jésus. Son approche de la prière, simple et confiante, en fait un exemple de sainteté accessible, proche des préoccupations quotidiennes des fidèles. Félix meurt le 31 mai 1787, après une vie entièrement consacrée à Dieu et aux autres. Son culte se répand rapidement en Sicile, et il est canonisé en 2005 par le pape Benoît XVI. La liturgie le célèbre le 31 mai, soulignant son rôle de protecteur des familles, des enfants et des personnes en difficulté. Voici ce qu’en dit Benoît XVI, je cite : « S. Felice da Nicosia aimait répéter en toutes circonstances, joyeuses ou tristes: « Ainsi soit-il pour l’amour de Dieu ». Nous pouvons ainsi comprendre combien était intense et concrète en lui l’expérience de l’amour de Dieu révélé aux hommes dans le Christ. Cet humble Frère capucin, illustre fils de la terre de Sicile, austère et pénitent, fidèle aux plus authentiques expressions de la tradition franciscaine, fut progressivement modelé et transformé par l’amour de Dieu, vécu et réalisé dans l’amour du prochain. Frère Felice nous aide à découvrir la valeur des petites choses qui rendent la vie plus précieuse et nous enseigne à percevoir le sens de la famille et du service à nos frères, en nous montrant que la joie véritable et durable à laquelle aspire le cœur de tout être humain est fruit de l’amour[1]. » Son respect de la création transparaît dans son mode de vie sobre et son attention aux détails les plus modestes de la nature, qu’il considère comme un reflet de la beauté divine, fidèle aux inspirations de son maître, S. François d’Assise. Il passe de longues heures en contemplation devant le crucifix, mais aussi dans les jardins du couvent, où il cultive des herbes médicinales pour soigner les malades. Cette harmonie entre prière et action, entre contemplation et service, préfigure les intuitions de l’écologie intégrale. Mais revenons un instant sur ses miracles dont certains sont des plus étonnant, comme la transformation de cailloux en pain ; ou encore quand il accroche sa besace à un rayon de soleil pour venir en aide à un pauvre moribond ; Par ailleurs, sur ordre de son supérieur, il alla puiser de l’eau avec un panier, avec succès. Pour Jean Bastaire, il y a chez ce saint une grande familiarité avec sœur pierre, frère soleil et sœur eau. Ce ne sont pas seulement les animaux qui lui obéissent grâce à la vie réconciliée du saint. Ce sont tous les éléments qui lui obéissent. La légende dorée de capucins rapporte également qu’il ressuscita un pigeon qu’on lui avait offert ainsi qu’un plat entier d’oisillons… bien grillés offerts quant à eux au cours d’un repas chez un Seigneur des environs. Jean Bastaire interprète cela comme suit, je cite : « Pieuses légendes ? A coup sûr pieuses amplifications. Mais le sens en est clair. Les oiseaux ne sont pas que de simples aliments destinés à la nourriture de l’homme. Ils ont droit à la vie et ont été créés par Dieu d’abord pour chanter sa gloire. Les tuer sans nécessité profonde, pour faire plaisir ou satisfaire à sa gourmandise, est une atteinte à la bonté du Créateur qui veut que toutes ses créatures subsistent dans la louange[2]. » Rapporter cela est à double tranchant. S’agit-il d’une évocation romantique d’un saint à la sensibilité si grande envers la nature que cela en est touchant pour le lecteur ? On en resterait que sur le plan des sentiments, ce qui est bien mais insuffisant pour rendre compte de l’expérience. Ou s’agit-il d’une vive critique de la pensée moderne triomphante de la part de l’hagiographe ? En effet alors que la raison instrumentale devient la norme du rapport à la nature dans son instrumentalisation et sa possession, ce saint presque anachronique témoigne à contre-courant de la gratuité d’existence, notamment des oiseaux, probablement en référence à l’épisode fondateur de la prédication opérée par S. François. Cela établit une continuité entre les deux frères mineurs. Que ce témoignage de vie ait eu lieu au Moyen-Âge ou à la Renaissance, cela aurait été cohérent. Mais en plein xviiie siècle il acquiert une dimension proprement prophétique.
[1] . Benoît XVI, Homélie de canonisation, 23 octobre 2005, https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2005/documents/hf_ben-xvi_hom_20051023_canonizations.html.
[2] . Hélène et Jean Bastaire, Le chant des créatures, op. cit., p. 92.
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