*Chronique d’écologie intégrale – 23 Août 2026 – Mémoire facultative de Sainte Rose de Lima, vierge

*Chronique d’écologie intégrale – 23 Août 2026 – Mémoire facultative de Sainte Rose de Lima, vierge

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Chronique d’écologie intégrale du 23 août 2026, Mémoire facultative de Sainte Rose de Lima, vierge

Au 23 août, l’Eglise fête S. Rose de Lima qui est la première personne canonisée en provenance du Nouveau Monde. Elle est née sous le nom d’Isabelle d’Olivia en 1586 à Lima, capitale du Pérou. Elle y mourut en 1617. Son teint éclatant lui valut le surnom de Rose. Ce fut une humble jeune femme qui vécut dans la simplicité et la proximité avec le Christ. Elle dût travailler très vite car ses parents d’origine espagnole étaient très pauvres du fait de la maladie. Elle devint Tertiaire dominicaine, sœur du Tiers Ordre de la Pénitence fondée par S. Catherine de Sienne, sainte qu’elle prit pour modèle. A demi recluse dans le jardin de ses parents dans un ermitage qu’elle s’est fait bâtir – cinq pieds de long pour quatre de large – elle passait son temps à faire des petites choses pour les pauvres : couture, soin aux malades et culture de fleurs dont les diverses variétés fleurissaient en même temps par miracle. Sur le plan missionnaire, elle portait le souci du salut des Indiens. Sa vie spirituelle fut marquée par les expériences mystiques, nourries de jeûnes et de pratiques ascétiques. Elle reçut des visites et des révélations privées de Jésus, de sa Mère et de son ange gardien. Elle paya ces faveurs divines par de nombreuses épreuves et incompréhensions de la part ses proches et de ses confesseurs. Interrogée par l’inquisition, elle ne fut pas inquiétée pour autant. Elle fut canonisée en 1671 et fut déclarée patronne du Pérou dès 1670 peu après sa béatification. Le dictionnaire des prénoms et des saints fait ce commentaire remarquable, je cite : « sa vie plus admirable qu’imitable, apparaît comme une réplique au matérialisme triomphant dans l’Amérique latine à l’époque coloniale[1]. » Voilà qui est intéressant sur le plan de l’écologie intégrale. En plein début de l’époque coloniale, au commencement de la modernité, au moment où les structures du paradigme technocratique se mettent en place, tant sur le plan philosophique que sur le plan pratique, un témoignage contradictoire – à contre-courant – a l’audace d’exister et de remettre en question les fondements civilisationnels en cours de construction, dans l’humilité et le silence, d’une intense vie évangélique. Au milieu de la pauvreté, celle subie par ses parents, elle assume la sienne tout en subvenant aux besoins de ses parents. Or, Le colonialisme était fondé sur l’exploitation de ressources lointaines pour permettre le développement d’une puissance européenne. Il participe complètement des bases de la crise écologique et des injustices environnementales que nous connaissons aujourd’hui. En effet dès le xviiie siècle, le mode de vie des principales puissances européennes n’était plus soutenable sans l’apport des ressources matérielles des colonies. Je le redis autrement, le niveau de développement et la capacité de nourrir les populations nationales de certains pays européens, n’étaient plus envisageables sans les importations et donc l’exploitation des ressources des colonies. Voilà de quoi renforcer la dimension prophétique du témoignage de sobriété des ascètes comme S. Rose de Lima en contexte colonial. Ce témoignage se redouble comme souvent d’une fraternité renouvelée avec les créatures. Ici, c’est assez original : les insectes sont mis à l’honneur. Jean Bastaire relève dans les écrits de la vie de la sainte que, je cite : « les moustiques, qui pullulent autour de la cabane sous les arbres, laissent Rose en paix, alors qu’ils assaillent impitoyablement tous les arrivants. » Mais plus qu’une entente cordiale entre ennemis potentiels, c’est une fraternité liturgique qui s’établit. S. Rose chante les louanges du Seigneur en invitant toutes sortes d’insectes à faire de même. Ses chroniques indiquent qu’elle était accompagnée de leur musique pendant sa récitation des offices, je cite : « [les insectes] se divisent en deux chœurs, les uns volent et accompagnent le chant de Rose du bourdonnement de leurs ailes, tandis que les autres demeurent immobiles et silencieux ; au bout de quelques instants, le second chœur reprend l’accompagnement et le premier se repose[2]. » Mais sa louange inclut également le monde végétal et cela aussi est assez original dans l’hagiographie : « A sa voix, les arbres les plantes et les fleurs s’agitent en cadence, comme pour payer leur tribut à la louange du Créateur[3]. » S. Rose nous rappelle ainsi la vocation sacerdotale de l’être humain dans la création. La domination de la création n’est pas une réalité uniquement technique, mais éminemment spirituelle car c’est aussi la fonction de prêtre dans la création qui unit sa voix à celles des créatures pour la louange cosmique. C’est aussi par la voix humaine que la louange cosmique trouve ses mots.

[1] . Pierre Pierrard, « Rose de Lima », Dictionnaire des prénoms et des saints, Paris, Larousse, [1974] 1988², p. 192.

[2] . Notice sur Rose de Lima, Année dominicaine, Lyon, 30 août 1898, p. 958-969.

[3] . Ibid., p. 969.

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