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Chronique d’écologie intégrale du 22 juin 2026, Mémoire facultative de Saint Thomas More et Saint John Fisher
Le 22 juin l’Eglise célèbre deux saints en une seule mémoire, comme elle le fait parfois, avec les S. Thomas More et John Fisher deux martyrs anglais pendant la Réforme d’Henri VIII. S. Thomas More est né à Londres en 1478, marié, deux fois et père de famille, il a étudié le droit à l’université d’Oxford et embrassa le mouvement de la Renaissance et de l’humanisme avec une grande érudition. Ami d’Erasme il s’est engagé dans la transformation de la société et aussi de l’Eglise avant de refuser que le roi d’Angleterre puisse en être le chef. De ce fait il resta catholique. C’est une des raisons de son emprisonnement à la tour de Londres et de sa décapitation en 1535. Pourtant, il fut son ambassadeur, extraordinaire, chancelier du duché de Lancastre, et chancelier du Royaume, le premier laïc à accéder à cette charge. Il est connu pour être l’auteur de la première Utopie en 1516, dont le principe va fortement marquer les esprits en philosophie politique pour les siècles à venir dans la forme de l’exposé de la société idéale. S. John Fisher est né en 1469 et mort la même année que son ami S. Thomas More. Il est né dans une famille de drapier d Yorkshire. Prêtre en 1494, chancelier de Cambridge en 1504. Ayant aussi embrassé l’humanisme renaissant, il donne une nouvelle impulsion à cette université. La même année il est ordonné évêque de Rochester. A partir de 1521, il entre dans la controverse luthérienne pour défendre la foi catholique. Il fut emprisonné par Henri VIII pour s’être opposé à son divorce et à son mariage avec Ann Boleyn, Il fut même l’avocat de Catherine d’Aragon dans le procès de divorce royal. Comme S. Thomas il resta catholique en refusant de prêter le serment du clergé anglican. Le pape Paul III le nomma cardinal en 1535, ce qui en fait entraîna sa perte. Tout cela lui valut également la décapitation. Les deux saints furent canonisés en 1935 par Pie XI. L’Utopie de Thomas More est un récit philosophique fondateur de la littérature utopique. S. Thomas More décrit une île imaginaire, Utopia, où règne une société idéale, organisée par la raison et la justice sociale. Les Utopiens vivent dans des villes identiques, sans propriété privée, avec un travail partagé (six heures par jour) et une économie autarcique. L’éducation, la tolérance religieuse (sauf pour l’athéisme) et le mépris de l’or y sont centraux. Critique voilée de l’Angleterre du XVIᵉ siècle, l’œuvre explore les limites du progrès humain. Le mot « Utopie » est ambiguë car il désigne en grec à la fois le lieu bon et vrai selon le préfixe « Eu », ou simplement le lieu qui n’existe pas et n’existera jamais car trop fictionnel, selon cette fois-ci le « U » privatif grec. L’Utopie désigne en effet un idéal à atteindre et celle de Thomas More fut inspiré par l’Evangile du Christ. Mais que se passe-t-il quand une utopie devient une idéologie. On peut en effet déplorer qu’à peine cent ans après l’utopie de S. Thomas More, une nouvelle, celle de Francis Bacon vint apporter les principes au fondement du paradigme technocratique, celui-là même que critiqua le pape François dans Laudato si’. En effet, la Nouvelle Atlantide (1627) de Francis Bacon est une utopie scientifique et philosophique. Elle décrit Bensalem, une île idéale où la connaissance et la raison guident la société. Au cœur de cette cité se trouve la Maison de Salomon, une institution dédiée à la recherche scientifique collective, visant à améliorer la condition humaine par l’innovation technologique et l’expérimentation. Contrairement à l’Utopie de More, Bacon met l’accent sur le progrès scientifique et l’utilisation pratique des découvertes l’amélioration des conditions de vie de l’humanité. Ce texte préfigure l’idéal des Lumières et la foi dans le progrès par la technoscience. Derrière les utopies s’expriment le désir de l’accomplissement et la réalisation d’un paradis humaniste sur terre afin d’apporter le bonheur des peuples. Si l’intention est louable elle passe à côté du réel de l’humanité et de sa finitude. Pour le chrétien, la pleine réalisation du bonheur est la béatitude et la glorification en Dieu. Vouloir la réalisation sociale et politique du bonheur humain, ne peut conduire qu’à des impasses que nous connaissons bien, surtout si elles sont fondées sur le pouvoir d’achat. Mais l’utopie de S. Thomas More n’est pas sans intérêt pour la perspective de l’écologie intégrale : la relation entre l’homme et la nature est marquée par l’harmonie et l’utilité collective. Les Utopiens cultivent la terre avec soin, mais sans excès, car l’agriculture est partagée et organisée pour subvenir aux besoins de tous. Les villes, entourées de campagnes fertiles, intègrent des jardins publics, et les ressources naturelles sont gérées de manière rationnelle et équitable. La nature n’est ni exploitée ni idéalisée : elle est un bien commun, au service de la communauté. S. Thomas More critique ainsi l’accaparement des terres en Angleterre (enclosures) et propose un modèle où l’homme vit en symbiose avec son environnement, sans gaspillage ni avidité.
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