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Chronique d’écologie intégrale du 22 janvier 2026, Mémoire facultative de Saint Vincent, diacre et martyr
Saint Vincent, saint patron des vignerons est fêté le 22 janvier. Il fait partie de la série des martyrs issue de la persécution de Dioclétien qui sont fêtés à la chaine, avec S. Sébastien et S. Agnès. S. Vincent est né à Huesca en Espagne. Il fut ordonné diacre par l’évêque Valère, reconnu pour ses qualités d’orateur, après avoir étudié à Saragosse, tant les sciences profanes que la parole de Dieu. Tous deux sont convoqués à Valence par Gatien, gouverneur d’Espagne envoyé par l’empereur Dioclétien. Ils y sont jugés, Valère est banni, eu égard à son grand âge et S. Vincent est torturé très violemment. Il meurt en prison des suites de ses blessures en 304. Son culte s’est répandu en Occident suite à une dispersion rapide de ses reliques, notamment en France où de nombreux villages portent son nom. Il est vite comparé aux diacres S. Etienne et S. Laurent en ce qui concerne les mérites. Il impressionna ses bourreaux, car pendant le supplice, il chantait, riait et répondait avec humour à son tortionnaire. S Augustin écrit à osn sujet, je cite : « A travers cette ténacité, on discerne la puissance de Dieu. » Vincent signifie « vainqueur », et la liturgie joue volontiers sur le sens de son nom pour illustrer la victoire des martyrs selon l’orientation prise toujours par S. Augustin dans un de ses sermons, je cite : « La foi vient de nous faire assister à un spectacle magnifique ; nous avons vu Vincent partout vainqueur. Il a vaincu dans ses paroles, il a vaincu au milieu des tourments ; il a vaincu en confessant, il a vaincu en souffrant ; il a vaincu au milieu des flammes, il a vaincu plongé dans les flots ; enfin il a vaincu quand on l’a torturé, il a vaincu quand il est mort[1] ». Ce n’est qu’après le xvie siècle, selon la tradition populaire, que S Vincent de Saragosse est invoqué comme saint patron des vignerons. Pour quelles raisons ? On ne sait pas très bien. Le 22 janvier est associé à la première taille de la vigne. Son nom est associé à quelques dictons météorologiques comme, je cite : « A la S. Vincent, les glaçons perdent leurs dents ou les recouvrent pour longtemps. » Ou alors, S. Vincent, dont le culte est très répandu en Bourgogne ou en Champagne, aurait pu être choisi par les vignerons comme saint patron à partir d’un jeu de mots sur son nom : « vin » et « sang. » A Cahors, la S. Vincent est une grande fête où les tonneaux de vin font processions jusqu’à la cathédrale S. Etienne sous la présidence de l’évêque. Ce dernier a même composé une prière spécifique pour cette occasion dans les années 2010. On pourrait donc dire qu’il n’y a pas vraiment de lien entre le fait d’être victorieux et la culture de la vigne… Il me semble au contraire que le lien se noue par la médiation de l’eucharistie. Le calice que l’on offre à la messe est la coupe de la victoire du Salut. La première lecture de la messe du jour a d’ailleurs été particulièrement bien choisie. L’auteur du livre de l’Apocalypse fait dire à Jésus : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » (Ap, 21, 5) Ceci est à comprendre du point de vue de la création. Le Christ ressuscité renouvelle la création, la transfigure et la divinise. Il commence par son propre corps, qui est glorieux par l’effet de la résurrection. Il continue par nous qui sommes baptisés et ainsi institués créatures nouvelles selon les paroles de S. Paul et du rituel du baptême. Il nourrit cette vie nouvelle en nous donnant le sacrement de l’eucharistie, c’est-à-dire communiquant sa propre vie à des éléments de la création, pour nous diviniser. Ces éléments de la création sont donc du pain et du vin. Le vin divinisé, c’est un élément de création nouvelle qui nourrit en nous la vie éternelle. C’est d’ailleurs ce que dit Jésus dans la suite du texte (v. 6). « Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. À celui qui a soif, moi, je donnerai l’eau de la source de vie, gratuitement. » Par association, on peut extrapoler et voir dans le don du sang de la vie, du sang de la vigne, fruit de la terre et du travail des hommes, un affluent qui entretient la source de la vie que Jésus nous donne gratuitement. La fin de la lecture est bien sentie en ce qui concerne la fête du jour : « Tel sera l’héritage du vainqueur ; je serai son Dieu, et lui sera mon fils. » (v.7) Le don de soi dans le martyr est une victoire, victoire eucharistique. Le sang versé par S. Vincent est celui de la victoire, récapitulé dans la coupe eucharistique. Dans certaines régions de France, la culture du vin remonte à l’empire romain, comme à Cahors, par exemple. Mais les besoins de célébration eucharistique, notamment autour des grands monastères ont fait se développer la viticulture à une très grande échelle. Il n’y aurait pas, en quelque sorte l’excellence du vin français s’il n’y avait pas eu l’eucharistie. On peut espérer que cette activité puisse à son tour prendre soin de la création, création offerte et présentée à Dieu dans le geste eucharistique.
[1] Saint Augustin, Sermon 274.
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