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Chronique d’écologie intégrale – samedi 19 Septembre 2026, Mémoire facultative de Notre Dame de la Salette
Le 19 septembre 1846, sur les hauteurs du village de La Salette-Fallavaux (Isère), deux enfants bergers, Mélanie Calvat et Maximin Giraud, rencontrèrent une « Belle Dame » en pleurs. Celle-ci leur confie un message de conversion et de prière pour « tout son peuple ». Dès le lendemain, leur récit émeut le curé local, qui lance une première enquête. Après cinq ans d’examen rigoureux, Mgr Philibert de Bruillard, évêque de Grenoble, reconnaît officiellement l’authenticité de l’apparition de la Bienheureuse Vierge Marie le 19 septembre 1851. En 1852, la construction d’un sanctuaire débute, et une congrégation religieuse, les Missionnaires de Notre-Dame de La Salette, est fondée pour accueillir les pèlerins et diffuser le message. Le site devient rapidement un lieu de dévotion majeur, marqué par des pèlerinages, des guérisons et la découverte d’une source miraculeuse à l’endroit de l’apparition. L’église du sanctuaire est consacrée basilique mineure en 1879. Aujourd’hui, Notre-Dame de La Salette est célébrée dans le monde entier, avec plus de 900 chapelles dédiées à cette apparition mariale. Le message de Notre-Dame de La Salette, confié à Mélanie et Maximin, est avant tout un appel urgent à la conversion et à la réconciliation. La Vierge, en pleurs, exprime sa douleur face à l’abandon de Dieu par les hommes et invite à un retour à la foi par des moyens simples : la prière régulière, le respect du dimanche et des temps de pénitence comme le Carême. Elle rappelle l’importance d’honorer le nom de Dieu et de sanctifier les fêtes, tout en mettant en garde contre les conséquences spirituelles et sociales de l’indifférence religieuse. Ce message reste d’une actualité frappante à plusieurs titres : il invite chaque croyant à une vie plus fidèle à l’Évangile, à la miséricorde et à la confiance en la bonté divine. La Vierge se présente comme une mère compatissante, offrant réconfort et espérance à ceux qui se tournent vers elle. Mais ce qui me frappe le plus dans ce message, c’est la place donnée aux pommes de terre. Voici ce qu’en a dit la sainte Vierge, je cite : « Si la récolte se gâte, ce n’est rien qu’à cause de vous autres. Je vous l’avais fait voir l’an dernier par les pommes de terre, vous n’en avez pas fait cas. C’est au contraire : quand vous en trouviez des gâtées, vous juriez, vous mettiez le nom de mon Fils au milieu. Elles vont continuer à pourrir et à Noël il n’y en aura plus. » Puis, dans un deuxième temps, elles sont associées à une promesse de bénédiction en cas de conversion, je cite : « S’ils se convertissent, les pierres et les rochers deviendront des monceaux de blé, et les pommes de terre seront ensemencées par les terres[1]. » On peut dire que nos tubercules ont un rôle précis dans ce récit d’apparition : ils représentent l’ensemble de la création qui se révolte contre l’être humain qui n’est pas fidèle à l’alliance avec Dieu. Si l’humain est pécheur, s’il n’accomplit pas ce pour quoi il est fait dans la création, s’il désobéit aux commandements divins alors pas besoin de punition divine, pas besoin que Dieu fasse quoi que ce soit, c’est la création qui se charge de porter et d’exécuter la sentence. Car la création attend de l’homme qu’il respecte sa relation à Dieu. Du point de vue de l’écologie intégrale cela signifie que la relation à la création n’est vraiment ajustée que quand la relation à Dieu est bien soignée. Deux exemples dans la tradition théologique et le magistère reprennent ce point souligné par la sainte Vierge. Le plus ancien se trouve chez S. Hildegarde de Bingen, dans ses visions au xiie siècle : « Et j’ai entendu la grande voix des éléments du monde : « Nous ne pouvons poursuivre notre course et assurer notre fonction. […] Même les vents sont incommodés par l’affreuse puanteur des péchés et s’avancent lourdement avec les orages et l’air vomit des saletés à cause des nombreuses impuretés des hommes : il apporte une humidité injuste et anormale qui flétrit la verdure et les fruits qui devraient nourrir les hommes… elle fait naître des vers nuisibles et inutiles qui abîment et dévorent les productions de la terre parce qu’ils ferment leur cœur et leur bouche à la justice et aux autres vertus et ne les ouvrent pas à la vérité[2]… » Hildegarde confirme cette vision dans le Livre des Œuvres Divines : « Lorsque l’homme accomplit des œuvres justes, les éléments suivent aussi des voies justes. Dans le cas contraire, l’homme est dominé par les éléments et le douloureux châtiment qui l’accompagne[3]. » Plus tard S. Jean Paul II ne dira rien de différent dans son message pour la paix de 1990 dans lequel il écrit : « lorsqu’il s’écarte du dessein de Dieu créateur, l’homme provoque un désordre qui se répercute inévitablement sur le reste de la création[4]. » Selon le Saint-Père, cela commente Os 4, 3 où le prophète Osée annonce le fruit d’un état de conflit entre le peuple et Dieu : « Voilà pourquoi le pays est en deuil et tous ses habitants dépérissent, jusqu’aux bêtes des champs et aux oiseaux du ciel, et même les poissons de la mer disparaîtront. » De ce point de vue on peut dire que La Vierge de la Salette anticipe prophétiquement ce que nous vivons aujourd’hui dans l’épreuve de la crise écologique et nous enseigne qu’elle est une révolte de la création face à notre péché. La solution demeure la conversion intégrale… au Christ (LS 217).
[1] . René Laurentin, « La Salette », Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie, Fayard, Paris, 2007, p. 600-605.
[2] . S. Hildegarde de Bingen, Livre des mérites de la vie, p. 159. (vision 12 Scivias III)
[3] . Ibid. Vision 4, p 260.
[4] . Jean Paul II, Message pour la célébration de la journée mondiale de la paix, le 1er janvier 1990, 5.
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