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Chronique d’écologie intégrale du 9 juin 2026, Mémoire facultative de Sainte Colomba d’Iona
Avec S. Colomba d’Iona, fêté le 9 juin, nous bouclons la « triade thaumaturge » d’Irlande, en compagnie de S. Patrick et S. Brigitte de Kildare. Né en 521 dans le comté de Donegal en Irlande et mort à Iona en 597, il grandit dans une famille noble et pieuse, liée à la dynastie des O’Neill. Dès son enfance, il montra une grande piété et une soif d’apprentissage, étudiant sous la direction de moines irlandais, dont saint Finnian de Clonard, l’un des pères du monachisme irlandais. Il fréquenta son école monastique puis fut ordonné prêtre ne 543. Il parcourut son île pendant quinze ans en fondant des monastères. S. Colomba est l’une des figures les plus marquantes du christianisme celtique et un pionnier de l’évangélisation en Écosse. Son départ pour ce pays en 563 est souvent attribué à un conflit avec un roi irlandais, après que Colomba a eu pris parti pour un prince rival. Avec douze compagnons, il débarqua sur l’île d’Iona, située au large des côtes écossaises, où il fonda un monastère qui deviendra le cœur spirituel et intellectuel du christianisme celtique. Iona est bien plus qu’un simple monastère : c’est un centre de formation, un lieu de pèlerinage et un foyer de missionnaire. De là, Colomba et ses moines évangélisèrent les Pictes et les Scots, l’Orcanie, les iles Shetland et même jusqu’à l’Islande, fondant des églises et des communautés à travers l’Écosse. Il revint également en Irlande, pour notamment participer à un concile en 575. Après sa mort sa dépouille resta deux siècles dans son monastère puis fut ramenée en en son pays natal. Les rois écossais prirent l’habitude de se faire enterrer à Iona jusqu’au xie siècle. S. Colomba est aussi un homme de lettres. On lui attribue la composition de poèmes, dont le célèbre « Altus Prosator » (ou « Le Grand Hymne du Créateur »), un texte en vers latins célébrant la grandeur de Dieu dans la création et l’Histoire de Salut. Il est également connu pour son amour des livres : la légende raconte qu’il aurait copié de ses propres mains des centaines de manuscrits. Sa vie est marquée par une spiritualité ascétique et contemplative, mais aussi par un profond respect pour la nature, typique du christianisme celtique. Comme de nombreux autres exemples, il vivait la fraternité de l’homme réconciliée avec le Créateur et donc avec les créatures. Jean Bastaire note que « sur son lit de mort [il] recevait l’hommage de son cheval en pleur[1] ». Aujourd’hui, Iona reste un symbole de paix, de réconciliation et de spiritualité écologique, attirant des pèlerins du monde entier. Le monastère restauré au xxe siècle est le siège d’une communauté œcuménique qui s’apparente par bien des aspects à l’Arche de Lanza del Vasto, joignant engagement pour la justice sociale, la paix, la non-violence, la protection de la planète et le dialogue interreligieux. En 2024 cette communauté a publié un manifeste d’engagement écologique assez conséquent, le « Eco Common Network[2] ». En voici quelques extraits significatifs : « La Communauté d’Iona a une longue histoire d’engagement sur les questions écologiques et de réflexion inspirée par une spiritualité ancrée dans le respect de la Terre. » Comme nous l’avons vu, la spiritualité chrétienne celtique est propice à un tel engagement contemporain. Plus loin, ils écrivent : « Nous croyons que nous sommes créatures, et non le Créateur, que nous sommes une espèce parmi d’autres, appelés à reconnaître nos liens avec toute la création, mais aussi notre finitude, notre contingence et nos limites. » C’est l’approche de l’anthropocentrisme située du pape François dans Laudate Deum(67). Enfin, parmi les applications plus concrètes, on trouve : « Nous nous engageons à poursuivre le dialogue avec les personnes de toutes les fois et de toutes les convictions, en nous repentant des théologies et idéologies dommageables, passées et présentes. Nous envisageons des réflexions et des pratiques spirituelles ancrées dans le respect de la Terre, capables de libérer les êtres humains de la définition de la personne par l’acte de consommation, et qui nous renforcent dans la résistance et la persévérance. » Il s’agit donc de faire le travail de relecture de proposition théologiques et spirituelles qui sont à l’origine de comportements néfastes à la Maison commune, et comme avec l’écologie intégrale entrer en résistance contre le paradigme technocratique critiqué par le pape François dans Laudato si’. S. Colomba est donc un modèle qui inspire une spiritualité écologique aujourd’hui. Terminons avec un extrait de l’ « Altus Prosator » : « Le Très-Haut, concevant l’harmonie du monde, Avait fait le ciel et la terre […] Aussitôt, quand les étoiles furent créées, lumières du firmament, Les anges louèrent pour Sa création merveilleuse Le Seigneur de cette immense masse, l’Artisan des cieux[3]. »
[1] Hélène et Jean Bastaire, Le chant des créatures. Les chrétiens et l’univers d’Irénée à Claudel, Paris, Cerf, 1996, p. 39.
[2] The Iona Community, “Eco Position Paper, Eco Common Concern Network”, novembre 2024, https://iona.org.uk/wp-content/uploads/2025/09/FINAL-CCN-Eco-Position-Paper.pdf, consulté le 05/05/2026
[3] Chasing Columba, « Altus Prosator », https://chasingcolumba.wordpress.com/columban-poetry/altus-prosator/, ma traduction, consulté le 05/05/2026.
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