*Chronique d’écologie intégrale – 06 Février 2026 – Mémoire obligatoire de Saint Paul Miki et ses compagnons

*Chronique d’écologie intégrale – 06 Février 2026 – Mémoire obligatoire de Saint Paul Miki et ses compagnons

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Chronique d’écologie intégrale du 06 février 2026, Mémoire obligatoire de Saint Paul Miki et ses compagnons

Saint Paul Miki est un des premiers martyrs du Japon fêté le 6 février. Ses compagnons dénombrent vingt-six personnes qui furent toutes canonisées en 1862 dont trois jésuites japonais, six franciscains espagnols et dix-sept laïcs japonais dont trois enfants. S. Paul Miki est rentré dans la Compagnie de Jésus à vingt-deux ans. Il fut crucifié à l’image de son maître et c’est sur la croix qu’il prononça son dernier sermon, en prêchant la miséricorde et le pardon pour ses bourreaux. Le contexte de l’évangélisation du Japon était d’abord favorable au milieu du xvie siècle et les conversions très nombreuses suite aux missions de S. François Xavier, au point d’inquiéter l’empereur au sujet de la stabilité politique de son pays. Cela le conduisit à l’arrestation des missionnaires en 1596. Le groupe de martyrs fut exécuté par crucifixion le 6 février 1597 à Nagasaki, sur vingt-six croix dressées face à la mer ; et tous eurent le cœur transpercé par un coup de lance. On peut dire que les Japonais ont le sens de la mise en scène… Les témoignages rapportent que les martyrs ont donné leur vie dans la joie et les chants, et loin de dissuader les spectateurs, ont plutôt suscité de nouvelles conversions. Ce n’est qu’en 1858 que le christianisme fut de nouveau toléré au Japon par l’implantation de ministres du cultes affectés aux Occidentaux. « Et en 1889, la promulgation de la constitution Meiji reconnait de nombreuses libertés aux sujets de l’Empereur parmi lesquelles est affirmée la liberté́ religieuse, permettant une nouvelle expansion du christianisme à travers tout l’archipel[1]. » Pendant, ce temps et sans prêtres des communautés catholiques ont subsisté et gardé fidèlement la foi catholique alors interdite. On peut dire que leur exemple illustre bien le Ps 125, 6 qui est choisi pour la messe de ce jour : « il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence ; il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes. » Le martyre sème la graine de la foi, et ceux qui viennent plus tard en récoltent les fruits. Leurs successeurs contemporains, représentés par les évêques japonais ont eu une réaction fascinante au moment de la crise de la centrale nucléaire de Fukushima en 2011, dans leur déclaration du 6/12/16. Les évêques du Japon ont alors signé un document volumineux sur le nucléaire civil intitulé « Ce que nous avons appris depuis cinq ans. Pour l’abolition de l’énergie nucléaire. Un appel de l’Église catholique au Japon[2]». C’est un ouvrage abordant les aspects techniques, éthiques et théologiques dans lequel ils demandent urgemment la cessation de cette activité industrielle civile. Déjà le 8/11/11, six mois après les explosions, sorte de martyre de Sœur Mère la Terre au Japon, il y avait eu une première déclaration dans laquelle les évêques japonais avaient demandé la fermeture immédiate des centrales nucléaires du pays, quasiment toutes situées en bord de mer et souvent sur des zones sismiques. Mais ce qui change dans le ton et le contenu, c’est qu’entre temps, l’encyclique Laudato si est aussi passée par là. Dans leur déclaration ils ne demandent rien de moins que l’abolition des centrales nucléaires sur la terre en un appel adressées à toutes les églises et à toutes les religions du monde à rejoindre cette cause ! Je les cite : « Ce que le Japon a éprouvé depuis cinq ans et demi avec le désastre de Fukushima nous convainc que nous devons informer le monde des dangers de l’énergie nucléaire et que nous devons appeler à son abolition. » Est-ce cohérent avec l’Ecologie Intégrale et l’esprit de Laudato si’? On peut lire dans l’encyclique que le nucléaire militaire est condamné, mais le pape Fraçois n’a pas dit pas grand-chose sur le nucléaire civil. Le problème c’est que nous avons besoin du nucléaire à cause de notre très haut niveau de consommation d’énergie, surtout en France. Si pour le pape François l’énergie nucléaire n’est pas mauvaise en soi, elle demande une solide réflexion éthique en amont afin d’en valider une éventuelle utilisation, en prenant notamment en compte la grave question du stockage des déchets. Du fait de leur expérience des catastrophes nucléaires de Hiroshima, Nagasaki et Fukushima, ces évêques vont bien plus loin que les exigences de Laudato si’ sur ce sujet, adoptant ainsi une posture prophétique. Prophétique car bien difficile à entendre au sein de l’Eglise pour de nombreux catholiques pro-nucléaires et qui doivent se sentir blessés par une telle déclaration. La Conférence épiscopale japonaise appelle à développer une alternative au nucléaire. Je les cite pour terminer : « Le développement et la recherche dans le domaine des énergies renouvelables, combinés à une baisse de notre consommation d’énergie, nous permettraient de remplacer progressivement notre production d’énergie nucléaire, en recherchant un mode de vie simple, axé sur l’esprit de pauvreté, tel que les Évangiles nous y invitent ».

[1] EXPO : L’épopée chrétienne au Japon, 23/01/2024, https://missionsetrangeres.com/expo-lepopee-chretienne-au-japon/.

[2] Publié en français en 2022 sous le titre : Abolir l’énergie nucléaire : un appel des évêques du Japon, par la Conférence des évêques japonais. Comité de rédaction pour l’abolition de l’énergie nucléaire, Paris, Saint-Léger éditions, 2022.

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