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Chronique d’écologie intégrale – 05 Novembre 2026 – Mémoire facultative des Saints Elisabeth et Zacharie
L’évangile selon S. Luc prend grand soin à nous présenter deux saints formant couple et fêtés le 5 novembre, les parents de S. Jean Baptiste, S. Elisabeth et S. Zacharie. C’est même avec leur histoire que cet évangile commence. S. Luc les place ainsi à la charnière entre l’Ancien et le Nouveau Testament. S. Luc dit à leur sujet, je cite : « Il y avait, au temps d’Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre du groupe d’Abia, nommé Zacharie. Sa femme aussi était descendante d’Aaron ; elle s’appelait Élisabeth. Ils étaient l’un et l’autre des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur de façon irréprochable. » (Lc 1, 5-6) Ils vivaient à Ein-Karem près de Jérusalem. Ils appartenaient tous les deux à la tribu de la Lévi, ce qui signifie que Marie, cousine d’Elisabeth appartenait également à cette tribu. Or tous les mâles de cette tribu sont, par naissance, des prêtres. S. Jean-Baptiste, cela ne fait aucun doute, mais aussi, Jésus, par sa mère. On ne sait rien d’autre sur S. Elisabeth si ce n’est ce qu’en dit S. Luc. La stérilité et la grossesse tardive, le fait qu’elle donne un nom à son fils alors que ce n’était pas l’usage. Le fait de la visitation de Marie au sixième mois de grossesse d’Elisabeth, sa reconnaissance de l’embryon de Jésus dans le ventre de Marie et la qualification de cette dernière de « mère du Sauveur » lors du tressaillement de S. Jean-Baptiste dans le ventre de sa mère. Zacharie, était prêtre de la classe d’Abia, et comme ceux de sa tribu, il servait au temple de Jérusalem à tour de rôle. S. Luc rapporte que lors de son service liturgique il eut une apparition angélique qui lui révéla sa future paternité et la mission de son fils. Il n’y crut pas, devint muet et ne retrouva la parole que quand il confirma le nom de son fils proposé par sa sainte épouse. Et pour prononcer quelles paroles ! on les chante tous les jours aux laudes, le « cantique de Zacharie », autrement appelé le «
Benedictus ». Ce texte nous parle en quelque sorte d’une intense expérience d’écologie humaine, cette dimension de l’écologie intégrale qui concerne la vie humaine quotidienne d’après Laudato si’, et cela ici concerne le mariage. Il y a tout d’abord un fort contraste entre la droiture du couple, leur observance des commandements du Seigneur, et le fait qu’ils n’aient pas d’enfant. En effet, la bénédiction accordée par Dieu a son peuple, surtout quand il est fidèle à l’Alliance, c’est en premier lieu, la fécondité ; et on entend par là littéralement, la fécondité biologique. C’est pourquoi la situation de Zacharie et Elisabeth est incompréhensible, dramatique et on comprend mieux pourquoi face à ce non-sens, Elisabeth éprouve une profonde honte. Dans la mentalité de l’époque la stérilité est d’abord imputée à la femme. Elle vit ainsi une profonde libération quand elle accueille la vérité de sa grossesse. Si le juste n’est pas béni, dans la mentalité populaire, c’est peut-être parce qu’il n’est pas si juste que cela. Elisabeth a reçu la bénédiction dans l’immanence de son corps de femme, pas besoin de parole, elle est ainsi gratifiée de la capacité de la reconnaissance de la mère du sauveur, et si j’ose dire, tout se passe dans ses tripes, enfin dans ses entrailles de mère. Pour l’homme qu’est Zacharie, la médiation de l’accueil de la bénédiction est la parole, en particulier celle d’un ange. Et pourtant, il ne sait pas l’accueillir, ce qui montre que cette médiation est bien difficile à maîtriser, à mettre en œuvre ; là où l’immanence de l’accueil de la bénédiction dans la chair de la femme se fait de manière plus naturelle et intuitive. On observe néanmoins un parallèle avec la situation de Marie : Marie accueille la parole d’un ange et elle retourne cette parole dans une prière d’action de grâce dont on a également fait un cantique évangélique dans la Liturgie des heures : le Magnificat. C’est bien Zacharie et non Elisabeth qui prononce, en différé, une parole de bénédiction en réponse à celle de l’ange. La parole divine de bénédiction adressée à l’homme suscite en lui une réponse articulée qui est également une bénédiction. La parole de Zacharie est une parole de transmission et d’héritage de la promesse qui guide tout l’Ancien Testament, la venue du Messie. Avec le benedictus on bascule vraiment dans un nouveau régime de l’histoire du Salut, celui de la réalisation de la « Promesse faite à nos pères ». On peut penser que cette parole a d’ailleurs été réfléchit dans le silence de son mutisme notamment en étant témoin, directe ou indirect de la reconnaissance du Messie dans le ventre de Marie par son épouse, ce moment qui est une articulation fondamentale du texte de luc en ce chapitre 1. C’est une expérience dont ils ont dû discuter ensemble pendant les trois derniers mois de la grossesse d’Elisabeth. Une expérience d’écologie humaine assez fondamentale de la vie de couple qui sert d’étape essentielle à la réalisation de l’économie du Salut. Même si elle n’est pas racontée, on la devine dans la complicité qui se dégage entre Zacharie et Elisabeth au moment de la nomination de leur fils. C’est pourquoi il me semble important de bien réaliser que nous avons ici une expérience de couple qui justifie qu’on célèbre ensemble Elisabeth et Zacharie. Dans le mariage, le couple formé est plus que la somme des deux époux. La mission de l’un ne peut s’entendre sans la mission de l’autre. C’est une entité nouvelle à laquelle la bénédiction de Dieu a été accordée dans l’accueil du Précurseur dont la mission a été authentifiée par l’embryon du Seigneur lui-même au cours de la visitation.
[2] . Hélène et Jean Bastaire, Le chant des créatures, Paris, Cerf, 996, p. 67.
[3] Cité par le R. P. Constant ofmcap, La légende dorée des Capucins, op. cit., p. 52-53.
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