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Chronique d’écologie intégrale du 04 mars 2026, Mémoire facultative de Saint Gérasime du Jourdain, prêtre
Dans la série des pères du désert copains avec les animaux, nous trouvons S. Gérasime du Jourdain fêté le 4 mars. Né vers 410 et mort vers 475, nous avons une des figures les plus emblématiques du monachisme palestinien et un témoin de la réconciliation entre l’humain et la création. Né en Lycie (actuelle Asie Mineure), il se rend jeune en Terre sainte lors d’un pèlerinage à Jérusalem. Attiré par la vie érémitique, il s’installe sur les rives du Jourdain, où il fonde vers 450 un monastère qui deviendra un foyer spirituel majeur de la région. Sa règle, inspirée de celle de son contemporain S. Euthyme, combine prière incessante, jeûne rigoureux et travail manuel, attirant une communauté de moines cherchant à vivre l’Évangile dans sa radicalité. Gérasime est également connu pour son sens de la miséricorde. Un jour, ayant surpris un jeune moine en faute, il lui impose une pénitence publique, mais le console en secret, lui rappelant que « la charité couvre une multitude de péchés » (1 P 4, 8). Cette attitude reflète son équilibre entre fermeté doctrinale et tendresse pastorale. À sa mort, vers 475, son culte se répand rapidement. Son monastère, situé près de Jéricho, devient un lieu de pèlerinage, et ses reliques sont vénérées comme celles d’un intercesseur auprès de Dieu. La Liturgie byzantine le célèbre en le présentant comme un modèle de vie contemplative et de respect de la création. La vie de S. Gérasime est aussi marquée par son engagement contre les hérésies de son temps, notamment l’eutychianisme, qu’il combat avec douceur mais fermeté lors du concile de Chalcédoine (451). Il défend la foi en la double nature du Christ, humaine et divine, tout en incarnant une spiritualité ancrée dans la simplicité évangélique. Selon la tradition, il ne mangeait qu’une fois par semaine, se nourrissant de dattes et d’eau, et passait ses nuits en prière. On peut dire que S. Gérasime est un champion de la sobriété montrant encore une fois que l’enjeu de la vie au désert est de témoigner d’un rapport différent avec les biens de la création en contraste avec l’opulence du mode de vie de l’Empire romain. Son exemple inspire encore aujourd’hui les moines et les écologistes chrétiens, car il montre que la sainteté ne se limite pas à la relation avec Dieu, mais s’étend à toute la création. Gérasime est surtout célèbre pour son amitié avec un lion, épisode rapporté par Jean Moschus dans Le Pré spirituel (viiᵉ siècle). Alors qu’il marchait dans le désert, il rencontre un lion boitant. Découvrant une épine enfoncée dans sa patte, il la retire avec douceur. L’animal, reconnaissant, lui reste fidèle jusqu’à sa mort, le suivant comme un disciple et gardant son âne pendant qu’il travaille la terre. Mais l’âne meurt et voilà qu’on soupçonne frère lion de l’avoir négligemment ingéré. Il est condamné à le remplacer comme porteur d’eau jusqu’à ce qu’il soit enfin innocenté. Ce félin féroce, retrouve lui-même un état originaire génésique car il est dit qu’il ne se nourrissait plus que d’alimentation végétale, de pain et de légumes bouillis. Après la mort de Gérasime, le lion refuse de s’éloigner de sa tombe, symbolisant une alliance restaurée et des relations réconciliées entre l’homme et la nature. On le retrouve cinq années plus tard lui-même mort sur la tombe de son maître. Ce récit, peut être interprété comme une parabole de la réconciliation cosmique entre toutes les créatures apportées par le sang de la croix du Christ (Col 1, 16). D’après Jean Bastaire, je cite : « ce félin puissant, de tempérament altier et sauvage, incarne la nature dans ce qu’elle a d’étranger et de menaçant pour l’homme. L’amitié avec un lion figure la réconciliation avec le cosmos, mieux encore, le rétablissement de la maîtrise de l’homme sur l’’univers[1]. » Ce récit nous montre encore une fois comment la sainteté transfigure les relations avec la création prouvant que le saint sait titrer toutes les conséquences de sa rencontre avec le Christ en ce qui concerne ses relations avec le monde (LS 217). C’est aussi l’occasion de rappeler une évidence qui l’était pour les pères du désert, mais qui ne l’est plus pour nous aujourd’hui. Pendant l’Antiquité chrétienne et pendant aussi le Moyen-Âge, il était impensable pour l’homme qu’il puisse avoir une quelconque maîtrise sur les systèmes naturels et sur les forces telluriques. Il les subissait ! Alors comment les chrétiens interprétaient-ils Gn 1, 28 et le commandement à la domination de la création ? De manière allégorique, en identifiant la création à dominer avec les tendances de la nature en soi, dans son cœur et dans son âme. Il s’agissait donc de la pratique des vertus pour acquérir une sorte de maîtrise de soi, dans le combat spirituel et la lutte contre les tentations par le démon. On peut aussi relire l’histoire du lion domestiqué comme l’allégorie du succès du
[1] Hélène et Jean Bastaire, Le chant des créatures, Paris, Cerf, p. 32.
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