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Chronique d’écologie intégrale du 04 août 2026, Mémoire obligatoire de Saint Jean-Marie Vianney, prêtre
Au 4 août l’Eglise catholique fête le saint curé d’Ars, S. Jean-Marie-Baptiste Vianney, né en 1786 à Dardilly et mort à Ars en 1859. Fils de paysan, modeste mais généreux, il grandit au milieu des affres de la Révolution française. Pour éviter la conscription il se cache pendant quatorze mois. Il n’apprit à lire qu’à dix-huit ans, justement parce qu’il souhaitait entrer au séminaire pour le diocèse de Lyon. Son curé lui fournit l’éducation nécessaire et on connaît ses déboires avec les examens de théologie qu’il réussit de justesse afin de pouvoir être ordonné en 1815. Il est ensuite nommé curé d’Ars dans l’Ain en 1818, un village manifestement fort déchristianisé à l’époque. Un curé pour deux-cent-trente-cinq habitants ; ça laisse rêveur aujourd’hui, alors que nos prêtres doivent s’occuper de paroisses rassemblant plusieurs dizaines de clochers. Or sa réputation de prédicateur et de confesseur se répandit dans toute la région au point qu’on venait le visiter de très loin et de compter environ cent-mille visiteurs par an à partir de 1830. Les miracles de guérison qui se produisaient-là ont certainement beaucoup aidé. Il avait la réputation de lire dans les consciences des pénitents. Ars devint progressivement un foyer spirituel pour les prêtres. S. Jean-Marie Vianney est canonisé en 1925, il est proclamé saint patron des curés. Il passait des journées entières au confessionnal, et les pèlerins venaient remplir la petite église d’Ars très tôt le matin. Le saint curé centrait pourtant ses journées sur l’eucharistie et l’adoration du Saint-sacrement. Il vécut de manière ascétique et fut l’objet de combats spirituels permanents sous les assauts du démon tout le reste de sa vie. Ce sont deux aspects qui le rapprochent paradoxalement des pères du désert, la solitude en moins. Ces attaques de l’Adversaire trouvaient prises sur une nature particulièrement angoissée et sujette au désespoir. Mais c’est dans la paix qu’il s’est éteint le 4 août 1859 en ayant, peu de temps avant, prononcé ces mots, je cite : « Qu’il fait bon mourir quand on a vécu sur la croix[1]. » Voici un aspect de sa vie sur lequel on ne revient pas souvent. Il vivait dans l’angoisse et le désespoir et pourtant, il vivait pleinement dans l’espérance. Est-ce possible ? est-ce compatible ? Un siècle plus tard Georges Bernanos écrira : « L’optimisme est un ersatz de l’espérance […]. Mais l’espérance se conquiert. On ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts et d’une longue patience. […] L’espérance est une vertu […]. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté[2]. » Et cinquante ans après Bernanos, Benoît XVI, définira l’espérance dans son encyclique Spe Salvi comme suit : « L’espérance est la certitude que quelque chose est déjà là, même si les événements semblent donner tort à celles et ceux qui annoncent un progrès, c’est-à-dire une évolution positive inévitable et irréversible. L’espérance confère cette plénitude parce que dans l’espérance, je n’attends rien pour moi-même, mais je suis déjà exaucé, quelles que soient par ailleurs les insatisfactions que je peux éprouver dans les différents domaines de la vie[3]. » Il me semble que cela s’applique particulièrement aujourd’hui dans le contexte de la crise écologique marqué par le phénomène de l’écoanxiété. Ce n’est pas grave d’être écoanxieux, et c’est en fait plutôt normal ( !) tant que, comme le saint curé d’Ars, on s’ancre dans l’espérance qui présuppose et se réalise dans l’union avec Dieu. Par son mode de vie et par ses épreuves spirituelles, on peut dire que S. Jean-Marie Vianney a vécu l’abaissement car il illustre particulièrement bien ce verset de la première épitre aux Corinthiens, 1, 28, je cite : « ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ». Cet abaissement, le curé d’Ars l’a vécu pour le service de la communauté qui lui a été confié, illustrant fortement l’évangile du lavement des pieds en Jn 13. Dans le contexte de crise écologique qui est le nôtre nous redécouvrons à quel point notre vocation humaine doit être l’imitation du Christ qui s’abaisse et qui lave les pieds de ses disciples afin de comprendre le rôle de domination que l’humanité doit accomplir envers la création. Même si le saint curé d’Ars n’a pas vécu cet abaissement au service de la création, il nous montre la voie par analogie. Ce qu’il a fait pour nous, nous devons le faire pour nos frères et sœurs en humanité, mais aussi nos frères et sœur les créatures du Seigneur.
[1] https://eglise.catholique.fr/saint-du-jour/04/08/saint-jean-marie-vianney/, consulté le 03/07/2026.
[2] Bernanos G., La liberté pour quoi faire ? Paris, Gallimard, nrf, 1953.
[3] Ibid., p. 19.
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