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Chronique d’écologie intégrale du 03 juin 2026, Mémoire facultative de Saint Coemgen (Kevin) de Glendalough
Fêté le 3 juin, S. Coemgen (Kevin) de Glendalough, est l’un des plus célèbres saints irlandais du viᵉ siècle. Né en 498 et mort en 618, il est donc réputé avoir vécu cent vingt ans. Il incarne l’idéal monastique celtique, mêlant ascèse, prière et harmonie avec la nature. Né vers 498 dans une famille noble du Leinster, il est dès son enfance marqué par une profonde piété. Élevé par des moines, il étudie sous la direction de saint Petroc en Cornouailles, puis de saint Eonagh. Après une vie d’ermite dans les montagnes de Wicklow, il fonde vers 540 le monastère de Glendalough (« la vallée des deux lacs »), qui deviendra l’un des centres spirituels les plus importants d’Irlande. Glendalough, niché dans un cadre sauvage et poétique, attire rapidement des disciples. Kevin y établit une communauté monastique fondée sur la règle celtique : une vie de prière intense, de jeûne, de travail manuel et d’étude, le tout en symbiose avec la nature. Les légendes le décrivent comme un homme d’une grande austérité, dormant sur des pierres, jeûnant pendant le Carême jusqu’à ce que les oiseaux viennent se nourrir de sa paume, ou encore priant les bras étendus comme une croix, soutenu par des branches d’arbres. Ces récits, souvent symboliques, soulignent sa quête d’union avec Dieu et avec la création. Kevin est aussi associé à des miracles, comme la multiplication de lait pour les pauvres ou la protection des animaux. Il aurait en effet sauvé un cerf blessé. La vie des saints d’Irlande raconte de lui : « de nombreux oiseaux se posaient sur ses mains et sur ses épaules, voletaient autour de lui en chantant au Dieu saint de douces mélodies[1]. » Jean Bastaire commente, je cite : « Ne croirait-on pas lire les Fioretti[2] ? » En effet, en Irlande quelques siècles avant S. François, les moines vivaient déjà quelque chose de ce que le pauvre d’Assise nous a laissé et terme de témoignage sur l’amour des créatures. C’est le fruit de l’inculturation du christianisme avec la spiritualité celtique qui a rendu cela possible. L’amour pour la nature porté par S. Kevin reflète l’intégration de la spiritualité celtique dans la foi chrétienne. La création y est perçue comme lieu de manifestation de la grâce divine et même comme une forme de sacrement. Glendalough, avec ses lacs, ses forêts et ses montagnes, était perçu comme un « lieu liminaire » (un seuil entre le ciel et la terre), propice à la prière et à la contemplation. Les moines celtiques, comme Kevin, cherchaient la solitude dans des cadres naturels pour se rapprocher de Dieu, à l’image des Pères du désert. Les rochers, les sources et les arbres (comme le « chêne de Kevin ») étaient considérés comme des symboles de la présence divine. Par exemple, Kevin aurait prié debout dans l’eau glacée d’un lac, ou utilisé une pierre comme oreiller dont on a encore une trace avec « Bed of St. Kevin ». Voici un extrait de poésie écrite par un moine celtique pour nous rendre compte de cette union entre nature et spiritualité en Irlande : « Une haie d’arbres m’entoure. La couvée d’un merle chante pour moi. Au-dessus de la page rayée de mon livre Les oiseaux, tressaillant de joie, déroulent leur psalmodie. Dans son manteau gris, du haut des branches, un coucou chante. Oh que Dieu me protège ! comme j’écris bien sous le vert des bois[3] ! » Un passage qui est en cohérence avec l’esprit de Querida Amazonia (2020) du pape François dans le rapport entre culture et nature et l’expression de la clameur de la terre dans la poésie. Après la mort de S. Kevin, le 3 juin 618, son monastère prospéra pendant des siècles, devenant un lieu de pèlerinage majeur. Ses reliques, dispersées lors des invasions vikings, sont aujourd’hui vénérées dans plusieurs églises irlandaises. Son héritage spirituel, porté par des textes comme le Livre de Glendalough, inspire encore ceux qui cherchent une foi ancrée dans la simplicité et le respect du vivant. Glendalough, aujourd’hui parc national, continue d’attirer les pèlerins et les amateurs de beauté sauvage, témoignant de l’actualité de son message. Plusieurs prières celtiques invoquent la protection de Dieu par la médiation des éléments de la création. L’une d’entre elle est appelée justement : « Bénédiction de S. Kevin ». La voici : « Que Dieu te bénisse avec le souffle du vent, Et la douceur de la pluie sur ton visage. Que la lumière du soleil réchauffe ton cœur, Et que la terre ferme porte tes pas. Que les montagnes te donnent force, Et les lacs, la paix de l’âme. Que les arbres te murmurent des secrets, Et que les oiseaux chantent pour toi l’espérance. Que saint Kevin, ami des bêtes et des bois, T’accompagne dans les vallées et les cimes. Que la grâce de Dieu, comme une rivière, Coule en toi, aujourd’hui et toujours. Amen. »
[1] Vitae sanctorum hiberniae, éd. Plummer, cité par Jacques Voisenet, p. 236.
[2] Hélène et jean Bastaire, Le chant des créatures Les chrétiens et l’univers d’Irénée à Claudel, Paris, Cerf, 1996, p. 41.
[3] Olivier Loyer, Les chrétientés celtiques, Rennes, Terre de Brule Editions, 1993, p. 47-48.
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