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Chronique d’écologie intégrale du 03 février 2026, Mémoire facultative de Sainte Wereburge
S. Wereburge est fêtée le 3 février. Elle vécut approximativement entre 650 et 700 et fut une abbesse anglo-saxonne, fille du Wulfhere et de S. Ermenburge roi et reine de Mercie. S. Wereburge naît dans une Mercie païenne en voie de christianisation. Son père, est un souverain puissant. Élevée dans un milieu royal chrétien, elle entre très jeune au monastère de Sheerness dans le Kent, fondé par sa mère, puis rejoint le monastère de Ely, dirigé par sa tante, S. Etheldreda. Ce contexte montre comment la foi chrétienne s’enracine dans les cultures locales par l’implantation des monastères. Elle y développe une spiritualité marquée par l’ascèse, la prière et le service des pauvres. Vers 675, Wereburge fonde ou reforme plusieurs monastères, dont ceux de Weedon dans le Northamptonshire et Trentham dans le Staffordshire, où elle devient abbesse et où elle introduit la règle bénédictine. Ces communautés deviennent des centres de culture, d’éducation et de charité. Son leadership allie rigueur spirituelle et souci pastoral, attirant de nombreuses vocations. Elle est aussi connue pour son amour de la création : les légendes rapportent qu’elle aurait dompté des oies sauvages qui ravageaient les cultures, les faisant garder un monastère, voire qu’elle en aurait ressuscité d’autres. Il est aussi rapporté qu’une source aurait jailli miraculeusement à sa prière pour désaltérer des ouvriers, un symbole de la fécondité de la création sous l’action de la grâce. Ces miracles, typiques des saints « écologiques » médiévaux, montrent une harmonie restaurée entre l’humain et le cosmos dans le sillage des pères du désert. Après sa mort (vers 700), son culte se répand rapidement. Ses reliques, d’abord conservées à Trentham, sont transférées à la cathédrale de Chester au ixᵉ siècle pour les protéger des invasions vikings et où elles deviennent un objet de pèlerinage. Au Moyen Âge, elle est invoquée comme protectrice contre les maladies et les calamités naturelles, sa fête est donc propice à l’organisation de rogations dont l’objet a toujours été de demander à Dieu sa protection. Cela témoigne de sa dimension cosmique de la foi et la vie chrétienne de S. Wereburge : sa sainteté est perçue comme une force de réconciliation entre l’homme et le créé. Dans l’art, elle est représentée avec des oies à ses pieds ou une source jaillissante, symboles de sa réconciliation spirituelle avec les éléments naturels. Aujourd’hui, son culte reste vivant en Angleterre, notamment à Chester et dans les diocèses de Lichfield et Shrewsbury. Des communautés monastiques et des paroisses la célèbrent comme patronne de l’équilibre entre l’humain et la nature. S. Wereburge est à comparer aux grands saints et saintes britanniques et irlandais du haut Moyen âge, héritiers de la spiritualité des pères du désert, comme S. Brigitte de Kildare et S. Colomban d’Iona. Dans bien des cas, on assiste à une forme de baptême des spiritualités et pratiques païennes car ces saints récupèrent certains des pouvoirs attribués à des divinités locales. Cela montre la puissance d’inculturation de la foi chrétienne capable de reconnaître les semences du Verbe dans la création et dans les cultures rencontrées pendant l’évangélisation. Dans le cas de S. Wereburge, Jean Bastaire nous offre un éclairage des plus intéressant au sujet du miracle des oies :
Ces abbesses et vierges chrétiennes reprennent pour la baptiser la fonction de « passage », de mort-résurrection, des oiseaux migrateurs qui s’en vont à l’automne et reviennent aux printemps. Le symbolisme pascal est tellement fort qu’il va pousser Wereburge […] à ressusciter des oies sauvages qui ont été mangées et dont il ne reste que les os[1].
Ce passage de la vie de la sainte montre deux choses : la nature comme un grand livre écrit par Dieu, fournit les symboles qui annoncent et anticipent ceux de la foi chrétienne comme le passage de la mort à la résurrection. Je peux dire que je ne regarderai plus un vol d’oies sauvages de la même manière maintenant que j’ai découvert cela. L’autre aspect important à retenir est qu’il y a un lien fondamental entre sainteté et création, plus précisément entre sainteté et relation avec les créatures. Au Moyen-Age il est évident que si une personne est sainte, alors elle vit en harmonie avec la création, au point que les créatures lui obéissent naturellement. En ces temps de crise écologique on peut alors objectivement mesurer à quel point l’humanité s’est éloignée de la sainteté, tant sur le plan personnel que sur le plan communautaire. Il découle de cela qu’une des contributions que peuvent apporter les chrétiens dans la lutte contre la crise écologique est bien de vivre une vie de sainteté qui nous aligne naturellement à une relation ajustée avec les créatures.
[1] . Hélène et Jean Bastaire, La cantique féminin de la création, Paris, Cerf, 2006, p. 19.
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