Retrouvez cette chronique sur :
Radio Espérance
Chronique d’écologie intégrale du 01 juin 2026, Mémoire obligatoire de Saint Justin, martyr
S. Justin l’Apologète est fêté le premier juin. Il est né à Naplouse en Samarie dans une famille grecque et païenne au début du deuxième siècle de notre ère. Il a suivi un solide cursus de philosophie, dont les principales sources étaient principalement le stoïcisme, le péripatétisme, le pythagorisme et le platonisme dont il fut un grand enthousiaste, disant lui-même que Platon lui avait « donné des ailes à son esprit ». C’est un laïc dont l’enseignement fait autorité dans l’Eglise. C’est vers l’année 130 qu’il rencontre le Christ découvrant que lui seul pouvait accomplir et satisfaire les exigences de la raison. Il ouvrit une école de philosophie à Rome. Il est l’auteur d’ouvrage célèbres dont on a gardé copie jusqu’à aujourd’hui : le Dialogue avec le Juif Tryphon et deux Apologies, qui lui valurent le surnom d’ « Apologète », c’est-à-dire de défenseur de la foi par les moyens de la raison. Il est présenté comme le premier philosophe chrétien. Dans sa première Apologie on trouve la première description des rites du baptême et de l’eucharistie dominicale. Il est mort martyr, suite à une dénonciation par un des ses rivaux en philosophie. Il mourut décapité vers 165 alors que l’empereur philosophe Marc-Aurèle était au pouvoir. Son apologie de la foi consiste en l’inculturation du platonisme à la foi chrétienne à partir de la théologie du logos, la théologie de la parole. Sa pensée fut un moment déterminant dans l’inculturation de la foi biblique dans la culture greco-latine du bassin méditerranéen et de l’Occident. C’est à lui que l’on doit la foi dans les semences du Verbe divin, les semina Verbi ou logoi spermatikoi en grec, dans les cultures non chrétiennes. Pour lui, la philosophie grecque était une préparation à l’accueil de l’Evangile du Christ dans laquelle il a pu y trouver des prédispositions. Il a identifié la part de vérité que ces philosophies pouvaient comporter en montrant que toute vérité relève de la Vérité avec un grand V qu’est le Christ. Ce thème est fondamental dans l’approche de l’écologie intégrale, il est au cœur par exemple de la démarche du Synode des évêques de la région pan-amazonienne, et de l’exhortation du pape François qui en est issue : Querida Amazonia. Il est également cité à la note 80 du paragraphe 99 de Laudato si’, en sa deuxième Apologie. Je cite Laudato si’: « Pour la compréhension chrétienne de la réalité, le destin de toute la création passe par le mystère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses : « Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 16). » S’Il est présent c’est par sa Parole créatrice qui parcourt et configure toute la création et toutes les créatures. C’est la raison pour laquelle François dit notamment au paragraphe 145 que « la disparition d’une culture peut être aussi grave ou plus grave que la disparition d’une espèce animale ou végétale. » Non seulement le Verbe créateur est présent dans une espèce vivante pour lui conférer la singularité de son identité, mais il en va de même pour la culture. Par création, une culture est porteuse d’une parole de Dieu qu’il nous faut entendre, parfois comme une clameur, même. C’est un fondement traditionnel de l’évangélisation chrétienne qui a présidé aux orientations du synode des évêques amazoniens. Dans le document final du 26 octobre 2019, on peut en effet lire en ce qui concerne la tâche de l’inculturation de l’Evangile dans cette région[1]: « Reconnaissons que depuis des millénaires, ces communautés ont pris soin de leurs terres, de leurs eaux et de leurs forêts, et qu’ils ont su les préserver jusqu’à aujourd’hui afin que l’humanité puisse bénéficier de la jouissance des dons gratuits de la création divine. Les nouveaux chemins d’évangélisation doivent être construits en dialogue avec ces connaissances fondamentales dans lesquelles ils se manifestent comme des semences de la Parole[2]. » Ce travail a voulu mettre en valeur que les cultures humaines, loin de se mettre en rupture consciente et volontaire avec la nature, sont en fait des émanations des relations complexes tissées entre l’homme et la nature. Le document poursuit plus loin : « Les peuples premiers et ceux qui sont arrivés plus tard et qui ont forgé leur identité dans la coexistence, apportent des valeurs culturelles dans lesquelles nous découvrons les semences du Verbe. Dans la forêt tropicale, non seulement la végétation est entrelacée, chaque espèce végétale en soutenant une autre, mais les peuples aussi se mélangent entre eux dans un réseau d’alliances qui apporte à tous. La forêt vit d’interrelations et d’interdépendances et cela se produit dans tous les domaines de la vie[3]. » Fidèles à l’esprit de S. Justin, le document peut alors conclure que : « L’évangélisation de l’Église n’est pas un processus de destruction, mais de consolidation et de renforcement de ces valeurs ; une contribution à la croissance des « semences du Verbe » ». (DP 40, cf. GS 57) présentes dans les cultures[4]. »
[1] . Synode des évêques, assemblée spéciale pour la région pan-amazonienne, Amazonie : nouveaux chemins pour l’Eglise et pour une écologie intégrale, document final, Cité du Vatican 26 octobre 2019 https://www.vatican.va/roman_curia/synod/documents/rc_synod_doc_20191026_sinodo-amazzonia_fr.html consulté le 27/05/2026.
[2] . Ibid., n°14.
[3] . Ibid., n°43.
[4]. Ibid., n°54.
Un Commentaire