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Chronique d’écologie intégrale du 29 décembre 2025, Mémoire facultative de Saint Thomas Becket, évêque et martyr
Saint Thomas Becket est fêté le 29 décembre. Il est né à Londres en 1117. Sa famille venait de Rouen et a franchi la Manche avec Guillaume le Conquérant. Il fut éduqué pour la chevalerie mais il partit faire des études de théologie à Bologne et à Paris. En bons termes avec Thibaut l’archevêque de Cantorbery, il fut nommé archidiacre. La même année en 1154, il fut nommé chancelier d’Angleterre par son vieil ami le roi Henri II tout juste couronné et vécut sa mission dans le faste. En 1162 il fut élu archevêque de Cantorbéry, sur insistance du roi afin de positionner son ancien ministre, pensant qu’il aurait ainsi plus de pouvoir sur l’Eglise. Lors de son accession siège de Cantorbéry S. Thomas renonça aux jeux de pouvoir politique et choisit de vivre une vie sobre. Il fut assassiné peu de temps après Noël 1170 dans sa cathédrale par quatre chevaliers car il était devenu gênant pour l’exercice du pouvoir royal. S. Thomas s’engagea en effet dans la lutte pour l’indépendance de l’Eglise par rapport au roi et en particulier pour éviter la subordination de la justice ecclésiale par rapport à celle de l’état. Après avoir critiqué les constitutions de Clarendon qui donnait au roi la capacité de contrôler le droit canonique, il dût s’exiler dans l’Abbaye cistercienne de Pontigny en France. De là il excommunia Henri II en 1164 ainsi que tous les évêques qui le soutenaient. Au bout de six ans il put rentrer sur l’île en héros acclamé comme défenseur de l’Eglise. Son culte se répandit rapidement et il fut canonisé en 1173, moins de trois ans après sa mort. Cantobéry devint le principal lieu de pèlerinage en Angleterre. Henri II avait-il l’intention de tuer le saint archevêque ? Il aurait dit de rage : « N’y aura-t-il donc personne pour me débarrasser de ce clerc outrecuidant ? » ce que les quatre chevaliers meurtriers ont pris au pied de la lettre. La légende fait dire S. Thomas a son entourage : « La peur de la mort ne doit pas nous détourner de la justice ». Notons au passage qu’en 1538, le roi schismatique Henri VIII crut bon de procéder à la « décanonisation » de saint Thomas Becket. S. Thomas illustre ce propos de Jésus d’être envoyé dans le monde sans être du monde. Par sa foi qu’il a su garder pure, il ne s’est pas compromis avec les puissants, n’a pas cherché la domination sur les autres. Sa foi ne l’a pas conduit à fuir le monde pour autant mais à s’engager pour transformer la société dans ce qui n’allait pas. L’injonction de Jésus n’implique pas le repli individualiste sur soi. Dans l’évangile de la messe du jour, Jésus enseigne : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » C’est bien la mise en œuvre du commandement à l’amour qui a mu S. Thomas Becket dans sa résistance au pouvoir royale dont le but était manifestement d’acquérir encore plus de pouvoir. Or s’il est une cause indirecte de la crise écologique actuelle c’est justement la quête du pouvoir par l’être humain. Oh, rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est cette prise de conscience : le pouvoir n’est pas un en soi, il est forcément orienté dans une relation avec un autre. On cherche à exercer un pouvoir sur un autre. Sans l’autre le pouvoir n’a pas de sens. L’état sur l’Eglise, les riches sur les pauvres, les humains, sur d’autres humains, les humains sur Dieu et aussi, et surtout, les humains sur les créatures non-humaines. L’exercice de la volonté de puissance est une sorte d’affirmation de soi, une manière de se prouver qu’on existe. Exercer la puissance sur la création, c’est en outre affirmer que l’on se positionne en rivalité avec celui qui détient la toute-puissance, avec le Créateur. Je suis frappé par une chose dans la vie de S. Thomas Becket. On voit qu’à l’accession au siège de Cantorbéry, le nouvel archevêque choisit d’abandonner la vie fastueuse qu’il avait lors de sa précédente charge de Chancelier. La sobriété est le contraire de la volonté de puissance, elle fait entrer dans l’autolimitation, à l’imitation justement de celui qui s’est autolimité pour prendre chair parmi les hommes. Le Christ Jésus ne retint pas jalousement le rang qu’il égalait à Dieu et c’est peut-être dans cette action d’autolimitation que Dieu fait l’usage le plus éclatant, le plus impressionnant de sa toute-puissance. L’exercice de la puissance est le point de départ du questionnement éthique. Comment l’utiliser pour bien faire ? Les problèmes éthiques commencent avec le mauvais usage de la puissance. C’est parfaitement le cas pour la crise écologique qui relève d’un usage inapproprié de la puissance humaine envers la terre ou plutôt, à son encontre. C’est l’amour de l’autre et non plus de son égo surdimensionné qui vient corriger l’exercice de la puissance dans le respect d’une l’altérité qui existe pour ce qu’elle est, qu’elle soit humaine, créaturelle ou divine et non pas pour satisfaire nos ambitions et nos désirs. La bonté de l’action éthique ne sera plus l’appropriation et la consommation de l’autre, mais le don de soi par amour. Alors l’état pourra respecter l’Eglise, les riches pourront s’engager pour la cause des plus pauvres, et les hommes pourront faire s’épanouir la création qui leur est confiée.
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