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Chronique d’écologie intégrale du 13 décembre 2025, Mémoire obligatoire de Sainte Lucie, vierge et martyr
Sainte Lucie, célébrée le 13 décembre fut martyrisée sous Dioclétien au tout début du ive siècle à Syracuse en Sicile, ville dont elle est la sainte patronne. Le récit de sa passion fut écrit au ve ou au vie siècle. Son culte est introduit à Rome au vie siècle par le clergé et des marchands siciliens. Son nom est plus tard inscrit dans le canon romain aux côtés des grandes vierges comme S. Agnès, S. Cécile et d’Agathe. Son nom construit sur l’étymologie latine « lux », la lumière, fait qu’elle est invoquée pour les problèmes de vue, et tout mal relatif aux yeux. Elle est parfois représentée tenant ses yeux en brochettes car la légende veut qu’on les lui ait arrachés pendant son martyr. C’est une sainte très populaire dans les pays nordiques, au cœur de la longue nuit boréal de l’hémisphère nord. Elle apporte un rayon lumineux qui annonce la lumière qui vient en Jésus Christ. Sa fête est en effet un moment fort de la culture suédoise, norvégienne, danoise et finlandaise. Elle marque le début de la saison de Noël et symbolise la victoire de la lumière sur les ténèbres, un message particulièrement puissant dans des régions où l’hiver est long et sombre, jusqu’à six mois au-delà du cercle polaire. La tradition locale veut qu’une jeune fille, élue « Lucia », porte une couronne de bougies et mène une procession de femmes vêtues de blanc, ceinturées de rouge, symbole de pureté et de martyre. Les participants chantent des chants dédiés à la lumière, et partagent des spécialités comme des brioches au safran, ainsi que du vin chaud épicé. Cette célébration, est religieuse mais aussi d’inspiration païenne. Elle puise en effet ses racines dans l’histoire de notre S. Lucie de Syracuse mais aussi dans des croyances populaires liées au solstice d’hiver. Pour les Scandinaves, sainte Lucie incarne l’espoir et la promesse du retour du soleil, apportant réconfort et chaleur humaine pendant les nuits les plus longues de l’année. Je trouve cette coutume des plus intéressante car elle montre la puissance d’inculturation du christianisme. Le culte païen n’est pas aboli, il est assumé et intégré dans la vision chrétienne. Au cœur de l’hiver proche du solstice, nous célébrons Noël. Au moment où la durée des jours augmente, nous célébrons la lumière véritable le Christ qui apporte sa lumière au monde. On peut apprécier également comme l’économie du Salut trouve un lieu d’expression dans les rythmes naturels de la planète avec les cycles des saisons et les mouvements des éléments de la création comme les astres. Justement ! ils ont été créés pour cela nous dit le livre de la Genèse en son chapitre 1. Au quatrième jour de la création, Dieu dispose le soleil, la lune et les étoiles, non pour être adorés, mais pour servir de marqueur du temps afin de bien célébrer les fêtes du Seigneur. La mémoire de S. Lucie qui porte un nom lumineux est donc l’occasion de méditer quelques instants sur le sens de la lumière. Tout d’abord il est commun de dire qu’il y a une forme de décalage et de paradoxe dans le récit de la Genèse au sujet de la lumière. On relève qu’elle est créée le premier jour alors que le soleil n’est créé qu’au quatrième. Du coup les plantes crées le troisième jour auraient été bien en peine de faire la photosynthèse ! Il ne s’agit pas de tomber dans le concordisme, mais peut-être de rappeler un point important de l’astrophysique. La lumière n’est pas une conséquence des astres, mais des changements de niveau d’énergie des électrons dans les atomes. On peut dire que dès qu’il y a matière physique, il y a des photons et donc de la lumière. Or au cours de l’histoire cosmique, l’univers est effectivement devenu transparent aux photons il y a environ trois cent quatre-vingt-mille ans après le Big Bang, lorsque sa température est descendue à environ trois mille degrés kelvins. Cet événement, appelé recombinaison, a également permis la baisse de la densité de la matière et a permis aux photons de s’en découpler et de voyager librement, bref d’être perceptibe, formant ainsi le fond diffus de rayonnement cosmologique de trois degrés kelvin que nous observons aujourd’hui. Donc la lumière a parcouru l’univers bien avant que la première étoile ne s’allume dans un amas galactique. Sans dire que le premier jour de la Genèse corresponde à cet événement vieux de quatorze milliards d’année, la Bible n’a pas tord de situer la création de la lumière avant celle des astres. Dans la liturgie préconciliaire du bréviaire, la liturgie proposait des hymnes pour le temps ordinaire qui suivaient les jours de la création. Voici un extrait de celle des laudes du dimanche datant du ive siècle et attribuée à S. Ambroise de Milan. Elle porte justement sur le premier jour de la création et la lumière : « Créateur éternel de l’univers, Qui réglez la nuit et le jour, Et faites se succéder les temps Afin d’en alléger l’ennui. Du jour, sonne l’annonciateur Le veilleur de la nuit profonde, Lueur nocturne des voyageurs Qui sépare la nuit de la nuit. Par lui l’astre de l’aube réveillé Délivrez le ciel des ténèbres[1]. »
[1] Laudes du dimanche, Abbaye Sainte Madeleine, Diurnal monastique, Office bénédictin, des laudes à complies suivant le bréviaire monastique édité en 1963 selon le code des Rubriques du Bx Jean XXIII, Le Barroux Editions Sainte Madeleine, 2002, p. 327-328.
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