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Chronique d’écologie intégrale du 02 janvier 2026, Mémoire facultative de Saint Séraphim de Sarov
Une fois n’est pas coutume, je vous présente un saint qui n’est pas dans le calendrier liturgique romain mais un grand saint de l’orthodoxie : S. Séraphim de Sarov fêté le 2 janvier. Né en 1759 à Koursk en Russie, il est l’un des saints les plus vénérés de l’orthodoxie. Issu d’une famille de marchands, il découvre très jeune l’importance de la vie spirituelle. À dix-sept ans, il effectue un pèlerinage à Kiev, où il rencontre l’ermite Dosithée, qui l’aide à discerner sa vocation monastique. À dix-neuf ans, il entre comme novice au monastère de Sarov, à trois cent cinquante km à l’est de Moscou. Huit ans plus tard, il prononce ses vœux monastiques et reçoit le nom de Séraphim, qui signifie « flamboyant » en hébreu, symbole de sa future vie illuminée par l’Esprit Saint. Ordonné prêtre, il se retire en 1794 comme ermite dans la forêt près de Sarov, où il mène une vie d’ascèse, marquée par la prière, le jeûne et la solitude. Pendant quinze ans, il vit dans le silence et l’isolement, pour être uni au Christ. En 1804, après une vision de la Vierge Marie qui le guérit d’une grave maladie, il intensifie encore sa vie de prière et de pénitence. À partir de 1825, il ouvre sa cellule à tous et devient un starets, un guide spirituel recherché pour son don de discernement et ses conseils avisés. Sa rencontre avec Nicolas Motovilov en 1831 est célèbre : il y révèle la lumière de l’Esprit-Saint et enseigne que le but de la vie chrétienne est « l’acquisition de l’Esprit Saint ». S. Séraphim est aussi connu pour ses dons de guérison et de prophétie. Il fonde une communauté monastique féminine à Diveïevo et attire des milliers de pèlerins, parmi lesquels des nobles et des paysans, tous touchés par sa douceur et sa sagesse. Il accueille chacun avec amour, les appelant « Ma joie ! », et leur rappelle que la foi véritable se manifeste par l’amour et l’humilité. Son enseignement, centré sur la prière du cœur et la recherche de la lumière divine, influence profondément la spiritualité orthodoxe. Il meurt le 2 janvier 1833, laissant derrière lui un héritage spirituel immense, notamment à travers ses « Instructions spirituelles » et l’« Entretien avec Motovilov ». Il fut canonisé en 1903. Il est néanmoins célébré par certaines communautés catholiques russes de rite byzantin ce qui justifie sa présence dans ces chroniques. S. Séraphim s’inscrit dans la tradition des moines ermites qui ont retrouvé le sens de la familiarité avec les animaux, en particulier les animaux sauvages. Au xixe siècle, il s’inspire de S. Gérasime du Jourdain père du désert qui vivait avec un lion alors que lui, je cite : « le pauvre Séraphim n’a qu’un ours[1] ». Dans le sillage de Serge de Radonège au xive siècle qui faisait de même en Russie, les animaux reconnaissent la sainteté de celui qui vit réconcilié avec Dieu. Il considère le plantigrade comme un frère de communauté. Il se trouve que dans son cas, ce charisme est transmissible à d’autres religieux. On rapport qu’une jeune religieuse vint le visiter voulant lui parler de ses doutes sur sa vocation. S. Séraphim lui propose alors de nourrir l’animal et d’après son témoignage, d’abord terrorisée puis vite apaisée : « la bête était douce avec moi, par les prières du Père Séraphim[2]. » Ce dernier lui recommanda de considérer cette docilité animale comme un signe de vocation. Mais la fraternité avec les animaux passe par un mode de vie réconcilié avec les créatures. Ce grand mystique nous permet ainsi d’illustrer une des pratiques spirituels les plus intéressantes pour la mise en œuvre de l’écologie intégrale : l’Ascèse. « Askesis » en grec signifie exercice, et n’est rien d’autre que la pratique des vertus pour se préparer à vire en ressuscité. Le propre de l’ascète est donc une vie de sobriété choisi qui passe par l’autolimitation, dans la bonne connaissance de ses besoins pour vivre une vie authentiquement humaine. Donc pas d’austérité subie et triste, mais la joie de la résurrection. Voici ce qu’il recommande dans les entretiens avec Motovilov, je cite : « A l’esprit il faut donner ce qui est spirituel, au corps, le nécessaire[3]. » Cela veut dire satisfaire les besoins de la vie organique. De même je cite : « Insensé est celui qui affaiblit volontairement son corps, même dans l’intention de parvenir à la perfection[4]. » Ou encore :« N’entreprends rien qui soit au-dessus tes forces. Autrement tu tomberas et l’ennemi se moquera de toi[5]. » La vie spirituelle basée sur l’ascèse n’est pas fondée sur l’excès de la performance dans la privation, mais dans la tempérance, même de la privation.
[1] . Cité par Vsévolod Rochau, Saint Séraphim, Sarov et Divéyévo, Abbaye de Bellefontaine, Coll « Spiritualité orientale », 1987, p. 186.
[2] . Id.
[3] . Irina Gorainoff, « Instructions spirituelles », Séraphim de Sarov, sa vie, Entretien avec Motovilov et Instructions spirituelles, traduit du russe par I. Gorainoff (Coll. Théophanie), Paris, DDB, Abbaye de Bellefontaine, [1973] 1979², p. 205.
[4] . Ibid., p. 206.
[5] . Ibid., p. 206.
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